Les communardes, femmes engagées

Publication : novembre 2011
Mise en ligne : 6 mars 2012

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Dans la GR 1121, nous avons évoqué la Commune de Paris, du 18 mars au 28 mai 1871, dont le 140ème anniversaire venait d’être commémoré. Avant de se terminer par la Semaine sanglante, ce mouvement populaire fut une formidable avancée démocratique. À Libourne, diverses manifestations culturelles furent l’occasion de revisiter l’évènement. Nous avions sollicité des organisateurs qu’ils veuillent bien partager avec les lecteurs de la GR le regard renouvelé qu’ils portaient sur une page de notre histoire, trop longtemps occultée dans l’enseignement officiel. Nous n’avons pas eu de réponse, mais Guy Evrard a pu se procurer les trois numéros du Cri du peuple de Libourne, publiés au cours de l’évènement. Il en a retenu, rédigés par des acteurs de l’université populaire qui s’est tenue de mars à mai 2011, des articles qui éclairent notre présent. Voici l’un d’eux :

Dans son Histoire de la Commune de 1871, Lissagaray écrit : « Le jeudi 25 mai 1871, alors que les gardes nationaux abandonnaient la barricade de la rue du Château d’eau, un bataillon de femmes vint en courant les remplacer. Ces femmes, armées de fusils, se battirent admirablement au cri de Vive la Commune ! Nombreuses dans leurs rangs, étaient des jeunes filles. L’une d’elles, âgée de dix-neuf ans, habillée en fusilier-marin, se battit comme un démon et fut tuée d’une balle en plein front. Lorsqu’elles furent cernées et désarmées par les versaillais, les cinquante-deux survivantes furent fusillées ».

« Des femmes partout. Grand signe. Quand les Femmes s’en mêlent, quand la ménagère pousse son homme, quand elle arrache le drapeau noir qui flotte sur la marmite pour le planter entre deux pavés, c’est que le soleil se lèvera sur une ville en révolte... »

Jules Valles.

Les femmes sont entrées en lutte dès le matin du 18 mars : ce sont elles qui paralysent les troupes en se mêlant aux soldats et en les appelant à la fraternité. Créant le premier mouvement féminin de masse, l’Union des Femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, elles seront un constituant vital de la démocratie directe.

Elles vont créer de nombreux ateliers autogérés, fonder des coopératives de consommation, des cantines, des sociétés de secours mutuels. Elles vont être associées activement à la gestion de l’insurrection.

Elles exigeront à travail égal, salaire égal et des projets nouveaux d’instruction pour les filles sont mis en place. Ces femmes, le soir, suivent des cours, font des conférences, parlent dans des clubs. Certaines d’entre elles écrivent des articles, des livres. Durant la Semaine sanglante, elles combattent en nombre sur les barricades.

« Qu’on agisse autrement qu’en paroles ! Nos cadavres serviront de piédestal aux générations futures ».

Louise Michel

Quelques noms restent dans les mémoires : Louise Michel, Nathalie Lemel, André Léo, Elisabeth Dmitrieff, mais les communardes anonymes entrées dans le combat sont nombreuses. Bourgeoises déclassées, qui ont rompu avec leur milieu et vivent d’un métier, et surtout simples prolétaires, ouvrières, institutrices, relieuses, cantinières, blanchisseuses, petites commerçantes, toutes sont engagées dans une double lutte : la lutte contre le pouvoir versaillais qu’elles mènent aux côtés des hommes, les armes à la main, et la démonstration de leur émancipation.

Car les communardes ne se contenteront pas de réclamer des droits, elles ont compris qu’il ne s’agit plus de réclamer qu’on les leur accorde mais elles se les octroieront elles-mêmes en s’exprimant en égales, en siégeant en égales dans les instances de décision, en se comportant en égales, en agissant en égales, en se battant en égales pour que toute forme de domination des uns par les autres disparaisse.

On ignore combien de femmes furent fusillées. Il suffisait, ces jours-là, d’avoir l’air pauvre et de porter une bouteille ou une boite à lait pour être traitée de pétroleuse et exécutée. Fusillées, emprisonnées, déportées, on sait qu’elles ont été traquées et éliminées avec férocité par les versaillais.

« Il existe de par les chemins une race de gens qui, au lieu d’accepter une place que leur offrait le monde, a voulu s’en faire un tout seul, à coup d’audace ou de talent ».

Jules Valles

Alexandre Dumas a écrit avec mépris sur les communardes dans La dame aux camélias : « Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour toutes les femmes à qui elles ressemblent quand elles sont mortes ». Laissons ce monsieur à ses pensées.

En 1871, les femmes ont montré leur détermination et leur aptitude à participer à la vie politique et sociale de la cité. De nombreux mouvements suivront qui auront pour résultat une reconnaissance sociale pleine et entière à l’égard de cette moitié d’humanité qui, jusque-là, n’existait pas socialement au point de ne pas être mentionnée dans le droit.


Au cours de la semaine sanglante, environ 20.000 communards furent exécutés sans jugement. Les tribunaux prononcèrent également 10.137 condamnations, à mort, au bagne ou à la déportation.

Victoire Tinayre (1831-1895) :
une Communarde qui fit de l’enseignement une arme révolutionnaire. Fille de petits artisans d’Issoire, mère de six enfants, elle fut marquée par la déportation de son frère aîné et la mise au ban de la société de ses parents après la révolution de 1848. Elle avait passé, seule, son brevet élémentaire et commencé à faire la classe dans un local que lui prêtait son père. En 1848, elle est interdite d’exercice à la suite du coup d’État de Napoléon III. Elle se fait alors lingère à Paris et passe, toujours seule, son brevet de capacité en 1856, qui lui donne le droit de diriger une pension. Édouard Vaillant lui confia, pendant la Commune, le rôle d’inspectrice des écoles. Elle coécrit, avec Louise Michel, sous un pseudonyme, la Misère et les Méprisés. Dans les derniers jours de la Commune, elle est arrêtée alors qu’elle apporte des soins aux blessés de barricade en barricade. Libérée, elle s’enfuit en Suisse. Amnistiée en 1879, elle reprit ses activités d’enseignante.