Les économistes à gages

par  J.-P. MON
Publication : décembre 2012
Mise en ligne : 24 mars 2013

Dans Désintoxication [1] , je déplorais, à la suite d’un article publié dans le Monde diplomatique [2] , que “les experts” économiques et financiers qui hantent les médias, soient presque toujours présentés comme des universitaires, qu’ils sont en général, mais qu’on oubliait de nous dire qu’ils exercent en plus des activités beaucoup plus lucratives que celles d’enseignants-chercheurs. Le problème n’est pas uniquement français, mais mondial. C’est l’association américaine d’économie (AEA) qui a, la première, mis les pieds dans le plat, en rendant publique la collusion entre économistes et milieux financiers et en imposant à ses membres de mentionner « les parties intéressées leur ayant versé une rémunération importante au cours des trois dernières années ». Côté français, il ne s’était rien passé, malgré les réactions de quelques économistes comme Jean Gadrey, les reportages de François Ruffin et bien sûr le livre de Laurent Mauduit Les imposteurs de l’économie : Comment ils s’enrichissent et nous trompent [3]. Il faut dire que nous étions encore dans l’ère sarkozienne de la droite décomplexée (par rapport au fric !).

Enfin, bonne nouvelle, le nouveau Premier ministre J.M Ayrault a profité du renouvellement des membres du Conseil d’analyse économique (CAE) pour y faire le ménage. Il en a exclu, entre autres, 5 des économistes qui figuraient dans la galerie de portraits qui illustrait mon article Désintoxication. En outre, le décret du 5 novembre dernier qui réforme le CAE stipule que « les membres et les correspondants du CAE sont des économistes professionnels choisis en raison de leurs compétences telles que reconnues notamment par les usages du monde universitaire »… qui devront signer « une déclaration d’intérêts remise au président délégué » qui la rendra publique.

Comme dit sur www.monde-diplomatique.fr : « Matignon se passera désormais des bons conseils des économistes des banques ». Acceptons en l’augure ! Par contre, les analystes financiers continuent toujours à sévir dans les médias et c’est là qu’ils font le plus grand mal.


[1GR 1129 (mars 2012)

[2Les économistes à gages, Renaud Lambert, Le Monde Diplomatique, mars 2012.

[3Les imposteurs de l’économie, Ed. Gawsewitch, 2012.