Les télécommunications, source d’asservissement ou de progrès ?

par  J.-P. MON
Publication : décembre 1977
Mise en ligne : 28 mai 2008

DANS LE DOMAINE DE LA TELEVISION, COMME DANS TOUT AUTRE, LES MOYENS TECHNOLOGIQUES OFFRENT DES POSSIBILITES A CEUX QUI LES MAITRISENT. CES MOYENS PEUVENT DONC DEVENIR ASSERVISSEMENT OU PROGRES : ASSERVISSEMENT TANT QU’ILS RESTENT ENTRE LES MAINS D’UN POUVOIR CENTRALISE (PUBLIC OU PRIVE), PROGRES DES LORS QU’ILS SONT MIS AU SERVICE DES BESOINS DES POPULATIONS.

LES moyens de communication modernes ne connaissent pas de frontières. Les nouvelles technologies, dont nous avons donné un aperçu dans le numéro précédent, permettent de distribuer des programmes de radio ou de télévision dans le monde entier, de diffuser informations, éducation, culture ou variétés dans tous les pays et à des peuples de langues et de cultures différentes.
En particulier, les problèmes soulevés par l’éducation des populations isolées sont en voie d’être résolus par l’utilisation de méthodes audiovisuelles (et notamment par la télévision scolaire).
Mais, jusqu’à présent, un des problèmes techniques les plus importants auquel on se heurtait était la difficulté de disposer en des lieux d’accès malaisé de sources autonomes d’énergie électrique. La solution la plus courante consistait à mettre en place des groupes diesel électrogènes dont l’inconvénient majeur était qu’ils nécessitaient un approvisionnement relativement fréquent en carburant et un entretien important.
Les progrès effectués depuis une dizaine d’années dans la fabrication et la fiabilité des cellules solaires permettent maintenant d’envisager leur généralisation comme source d’alimentation autonome. C’est une solution d’autant plus intéressante qu’elle concerne généralement des pays bénéficiant d’un ensoleillement important.
Une première réalisation expérimentale, en ce qui concerne la télévision scolaire, a été faite au Niger dès 1968. Elle a été suivie depuis peu par plusieurs autres.
La télévision scolaire n’est évidemment pas le seul domaine d’application des cellules solaires qui sont maintenant de plus en plus utilisées toutes les fois que l’on a affaire à des installations de télécommunication implantées dans des lieux difficiles d’accès comme c’est souvent le cas pour les réémetteurs de télévision en région montagneuse, les relais hertziens, les balises marines, les balises lumineuses ou radioélectriques nécessaires à la sécurité de la navigation aérienne.
C’est qu’en effet au bout de quelques années de fonctionnement, les cellules solaires deviennent rapidement compétitives, bien que leur coût de fabrication demeure encore relativement élevé.
On a pu d’ores et déjà constater que, sur une période de dix ans, les prix du kilowatt-heure électrique étaient les suivants, selon qu’ils étaient produits par :

- un groupe diesel 16,95 F
- un générateur thermoélectrique 26,05 F
- des cellules solaires 10,50 F

Qui plus est, les recherches actuellement poursuivies sur les cellules solaires utilisant du silicium amorphe (et non plus du silicium cristallisé) permettent d’espérer rapidement une division des coûts par 100 ou 200, ce qui abaissera considérablement le prix de revient du Kilowatt électro- solaire.
Mais si, comme nous venons de le voir brièvement, existent les moyens technologiques pour assurer l’instruction des populations isolées, de nombreux problèmes, politiques eux, subsistent.
En effet, tout le monde s’accorde à reconnaître que communication signifie puissance et que le contrôle des mécanismes et du contenu des systèmes de communication d’un pays permet soit aux pouvoirs publics, soit à des groupes d’intérêts privés, de contrôler d’importants aspects de l’appareil de prise de décisions d’une société humaine ainsi que les symboles culturels et politiques qui unissent cette société.
Quant aux moyens internationaux de communication, il est bien évident qu’ils reflètent les valeurs et les priorités de certaines sociétés d’une manière disproportionnée, les pays les plus avancés en la matière jouant le rôle de gardiens de la communication, ce qui risque, à l’avenir, d’accroître le monopole des pays exportateurs et d’entraver encore plus la liberté des pays importateurs ainsi que leurs possibilités de développer leurs propres systèmes, seuls capables d’exprimer les valeurs culturelles locales.
Comme dans d’autres domaines, c’est donc seulement la volonté politique qui manque pour promouvoir un système réellement décentralisé permettant d’être à l’écoute des véritables besoins des populations.