Lettres aux candidats

(suite)
par  P. BUGUET
Publication : mars 1981
Mise en ligne : 21 octobre 2008

Poursuivant notre série de lettres aux candidats, nous vous proposons ce mois-ci d’écrire à A. Krivine, Secrétaire Général de la Ligue Communiste Révolutionnaire et candidat à l’élection présidentielle.

À Alain Krivine
C/O « ROUGE »
2, rue Richard Lenoir
93108 Montreuil.

Lecteur attentif de « Rouge », je cherche en vain, depuis le départ de votre campagne pour la Présidence, le tracé d’un programme économique, que nécessite cependant la conjoncture actuelle. Programme que vous ne pouvez, selon l’option politique à laquelle vous vous êtes rallié, que concevoir éminemment social. Le sujet semble tabou ! Le serait-il aussi pour la L.C.R. ?
Dans ma lecture de « Rouge » n° 952, page 12, sous la signature P.R., je relève que vous reliez étroitement l’objectif « plein emploi » à la défaite giscardienne  ; d’accord avec vous pour la salubrité de cette dernière éventualité, mais je ne découvre pas comment cette défaite pourrait avoir la vertu de résoudre le chômage et assurer l’existence de ceux qui, désormais refoulés de l’emploi, deviennent cause du blocage de l’économie, car «  Celui qui ne peut acheter ruine celui qui voudrait vendre », constatait naguère Jacques Duboin. Le chômage, avec le marasme qu’il entraîne, n’est pas le simple effet d’un changement de visage. Il est la crise même de l’économie échangiste, il est une conséquence directe du fonctionnement de la structure économique parvenue à un niveau élevé des techniques de production, où l’homme, travailleur- consommateur se trouve éliminé de la production par la mécanisation et l’automatisation. Ce défaut de consommateurs solvabilisés, et qui ne pourront plus jamais l’être par une production qui éliminera toujours plus leur concours, entraîne la mévente et l’économie se bloque.
Au moment où le problème de la production est résolu, c’est le problème de la solvabilisation de la consommation qui devient le n° 1 et qu’il reste à résoudre. J. Duboin pro. posa qu’il le soit par un Revenu Social accordé à tous sans considéralion du travail fourni, c’est-à-dire par la socialisation de la production et de la consommation par l’ECONOMIE DISTRIBUTIVE (1).
Ce système de répartition sociale distributive est une révolution, direz-vous ? Est-elle pour effaroucher la Ligue Communiste Révolutionnaire ?
Nous vous demandons de soumet. ire à la Commission Economique de la L.C.R. le problème critique de la solvabilisation de la consommation par un Revenu Social et d’en diffuser la conclusion-programme à l’occasion de votre candidature à la Présidence.
Telle est notre contribution résolument révolutionnaire à l’instauration d’une véritable économie socialiste d’intérêt général qui nous mettrait à l’abri de toute survie du capitalisme.
Acceptez, camarade, dans cet espoir, nos fraternelles salutations distributistes.

(1) Les thèses en sont rappelées régulièrement dans « La Grande Relève », pages 2 et 16 auxquelles nous vous invitons à vous reporter.