Libérer le travail

par  P. LE TURCQ
Publication : janvier 2012
Mise en ligne : 10 mars 2012

Voici un troisième extrait du “Cri du Peuple de Libourne” (n°2 du 8 avril 2011), édité au cours de la commémoration du 140ème anniversaire de la Commune de paris, à Libourne (Gironde), au printemps dernier.

Parmi les combats des fédérés, morts par milliers sur les barricades de la Commune de Paris ou déportés en masse, on trouve l’émancipation des travailleurs par les travailleurs.

Se réapproprier les moyens de production, gérer collectivement les produits du travail, réduire la durée du travail, limiter le travail de nuit, mener l’autogestion dans des coopératives où un conseil de direction est élu tous les 15 jours par l’atelier, autant de tentatives pour affranchir le travailleur de l’aliénation en inventant de nouvelles formes de travail, de nouveaux rapports au travail, de nouvelles motivations au travail... Autant de révolutions que les versaillais ont voulu écraser à tout prix.

Pourtant toutes ces utopies n’ont cessé de nourrir l’imaginaire populaire en France où elles ont inspiré nombre de mesures du pacte social de la Libération. Mais nos versaillais d’aujourd’hui (grand patronat et bourgeoisie) épaulant les “partis de gouvernement” et épaulés par eux, mènent une nouvelle guerre impitoyable et mondiale, pour dévaluer le travail face au capital et à la rente, et pour asservir toujours plus les peuples au travail.

Pour la première fois depuis le 19ème siècle, la durée du travail a été augmentée en 2010 par le biais du recul de l’âge de départ à la retraite. La précarité totale de l’emploi est en passe de devenir la norme.

Face à cela, les travailleurs d’aujourd’hui opposent une résistance dispersée. Les fragiles barrières sociales tombent les unes après les autres dans une quasi résignation. L’imagination collective est en panne et les appareils syndicaux s’avèrent bien incapables de la réactiver.

Quelques défilés en bon ordre des salariés auxquels répondent nombre de bras d’honneur de la part de nos gouvernants, et tout le monde repart s’agglutiner pendant des heures sur les rocades et sur les quais pour deux ans de plus sous le joug.

Alors que les victimes de la guerre sociale tombent désormais seules dans leur coin, il semble urgent pour les travailleurs de retrouver les vertus de la solidarité et de la contestation. Il est temps qu’ils reprennent leur liberté et, qu’à nouveau fédérés, ils redonnent libre cours au rêve et reprennent la construction du monde qu’avaient commencé leurs aînés, il y a 140 ans, derrière les barricades de la Commune de Paris.