Lu, Vu, Entendu

par  A. PRIME
Publication : avril 2000
Mise en ligne : 6 mars 2010

 Objectivité du Figaro

Un lecteur nous a envoyé deux articles édifiants qu’il a découpés dans le Figaro. Le premier, signé J-L Validire [1], cherche à convaincre que « le climat a changé » au sein des organisations internationales. D’après lui, celles-ci auraient tiré la leçon de l’échec de l’AMI, qui serait dû à la dissimulation de ses négociations, et de l’échec de Seattle, qui serait dû aux manifestations des opposants de la mondialisation. Notons au passage que le journaliste n’a pas vu que ce refus n’est pas celui de LA mondialisation, mais du fait que celle-ci se fasse sous la dictature du marché…

Il n’y aurait, selon le Figaro, plus rien à craindre puisque l’OCDE a changé de registre et qu’elle va établir un code de bonne conduite pour l’activité des entreprises multinationales et ses principes dirigeront la concurrence et éviteront la corruption ; les aspects sociaux tels que l’emploi et les relations professionnelles seront pris en considération, ainsi que le respect de l’environnement, l’intérêt et la santé des consommateurs. Et, bien entendu, toutes les entreprises seront volontaires pour les appliquer…

Le second article [2] se veut une analyse du dernier livre de V. Forrester “Une étrange dictature”. Il parait, d’après A-G Slama, que ce livre est la démonstration de la force du capitalisme : il est capable de se corriger lui-même.

Alors, tout va très bien, Madame la Marquise. Inutile de chercher à comprendre ou à vérifier : c’est écrit dans le journal.

(d’après un envoi de R.S., Albert)

 Chine : Vive le marché :

La population a augmenté de 10,99 millions d’habitants en 1999 et cinq millions de fonctionnaires y seront privés d’emploi cette année.

 
Moscou : Vive le libéralisme :

A Moscou “vitrine du capitalisme russe”, Lioudmila Chvetsova, l’adjoint au maire chargé des questions sociales, constate que les revenus des 10 % des habitants les plus riches sont 61,3 fois plus élevés que ceux des 10 % les plus pauvres.

 
Le plus gros des syndicats français

C’est celui des patrons : un million d’adhérents au Medef et 830.000 à l’Union professionnelle des artisans. Ces chiffres devraient inciter les syndicats de travailleurs à s’unir dans l’action

 
Lève-toi et marche !

À peine Pinochet, assis dans un fauteuil roulant, fut-il en bas de la passerelle de l’avion qui le ramenait au Chili, qu’il se leva, miraculeusement guéri par le sol natal. Au diable également la canne qui ne servait plus qu’à prolonger le bras levé victorieusement. Et vive la musique, et vive l’armée ! Mais le meilleur était à venir. Son fils a annoncé de la part de son père « qu’il pardonnait à ceux qui lui avaient fait du mal » (sic). Et on apprenait que la noble Thatcher, qui était déjà allée prendre le thé avec Pinochet dans sa “prison de luxe”, lui avait fait un cadeau : une assiette, valeur 5.000 F., illustrant je ne sais quelle victoire symbolique…


Racisme

« Le racisme ça commence souvent avec l’économie.… Les mêmes Espagnols qui crient contre Pinochet sont capables d’aller renverser les camions des marocains qui viennent vendre leurs tomates en Europe… On veut bien que les “Maures” travaillent, mais pas les voir en ville. »

Fernando Savater,“L’Espagne bien dans sa peau”,
(Le Monde du 7 mars 2000)

Interprétation libérale

« …Tu connais l’aboutissement ; en 1989, la chute du mur de Berlin a entraîné la dislocation de l’URSS. L’expérience avait duré soixante dix ans et se terminait par une déconfiture. L’évidence de cet échec est interprétée par le camp des libéraux comme la preuve que la voie qu’ils préconisent est la seule bonne. Comme si l’échec des premières tentatives d’escalader l’Everest était la preuve que cet exploit est définitivement impossible.

Une analyse plus fine est nécessaire. Il faut rechercher les raisons de cette issue désastreuse aussi bien dans les erreurs (…monstrueuses) commises par les dirigeants de l’URSS, que dans les pièges tendus par d’autres nations bien décidées à empêcher la réussite de l’entreprise. La querelle entre libéralisme et socialisme, entre abandon aux mécanismes du marché et soumission à un état omnipotent, est inutile si elle ne débouche pas sur la recherche d’autres voies. »

Albert Jacquard, “à toi qui n’es pas encore né(e)”.
(envoi de J.D., Billere)

[1du 26 février 2000.

[2du 27 février 2000.