Lu, vu, entendu

Publication : juin 1990
Mise en ligne : 17 mars 2009

Paysans gardiens des paysages
Tout porte à croire que M. Nallet, ministre de l’Agriculture, lit et s’inspire de la Grande Relève. Décrivant la série de mesures qu’il a annoncées le 24 avril dernier, E. Fottorino les décrit comme "visant à encourager les exploitants agricoles à mieux respecter l’environnement. Le programme du gouvernement prévoit en particulier l’attribution de primes spéciales. Après trente années de productivisme, l’agriculture française se met à l’heure de l’écologie".
II ajoute : "l’eau est devenue trouble, et avec elle l’identité paysanne, qui s’était enfermée dans un acte unique, celui de la production. Toujours plus, faute de mieux ... Aux méthodes intensives de culture, aux rendements à outrance, le ministre oppose désormais la qualité de la vie, l’environnement à protéger... Pour apporter son remède "au mal de terre" ambiant, M. Nallet propose aux agriculteurs une nouvelle stratégie contractuelle susceptible de donner au monde paysan un rôle de producteur de bien-être. L’annonce la plus spectaculaire porte sur l’encouragement aux agriculteurs "qui adoptent des pratiques de production respectueuses de l’espace naturel". Dans les faits, seront primés les exploitants des zones fragiles contribuant à préserver les paysages, les pratiques de pâturage sous couvert forestier, les cultures dérobées d’engrais vert pour éviter, l’hiver, le lessivage des nitrates sur les sols nus ; les efforts de protection des habitats d’oiseaux migrateurs. Dans dix zones expérimentales, les exploitants recevront pendant cinq ans une prime annuelle à l’hectare "venant compenser les pertes ou surcoûts induits par les nouvelles pratiques".
Le journaliste du Monde ajoute :"Les agriculteurs - celà a été souvent dit - ne jettent pas les engrais dans le sol pour le plaisir d’être modernes. II y va de leur revenu et nul n’a le coeur de jouer sa récolte d’une année par vertu écologique". M. Nallet veut prouver qu’on peut produire autrement. L’agriculture "biologique" reçoit une consécration officielle appuyée : elle sera mieux contrôlée mais aussi plus aidée pour gagner en crédibilité. Les régions défavorisées y trouveront peutêtre une échappatoire au marché classique très engorgé caractérisé par la baisse des prix. A condition, soulignent les organisations agricoles, que l’inévitable baisse de rendement soit financièrement compensée par les pouvoirs publics français ou européens" .
...Bien au-delà de la simple question de l’eau et des arbitrages en usage, M. Nallet veut préparer le terrain d’une nouvelle insertion du monde paysan dans la société française."
Et il conclut : "Si la prise de conscience des exploitants est acquise ou en voie de l’être, la réussite de ce changement culturel passe sans doute par une nouvelle répartition des aides et des soutiens à l’agriculture. Encore trop d’argent public est distribué automatiquement aux tonnages produits, sans souci des méthodes culturales ni de la qualité offerte".

(Le Monde, 26 avril)

Mais ne rêvons pas. De bonnes paroles les ministres ne sont pas chiches. Lionel Jospin, par exemple, promet de faire enfin quelque chose pour l’enseignement supérieur au bord de l’asphyxie ... mais "verba volant" ces bonnes intentions sont si peu suivies d’effet qu’on se demande, dans les universités, quand l’explosion aura lieu. La rentrée prochaine promet !

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Du bon air pour les enfants
Une crèche, celle des Olympiades, rue du Javelot, Paris 13e : depuis plus d’un mois, les enfants ne peuvent plus s’ébattre dans le jardin de cette crèche et restent confinés toute la journée dans les locaux. Pourquoi ? Parce que la soufflerie d’un parking évacue les gaz d’échappement des voitures dans le jardin d’enfants, et que la Protection Maternelle et Infantile a officiellement interdit à la directrice de la crèche de sortir les mômes.

(Le Canard enchainé, 25 avril)

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Illettrés
La France compte cinq millions d’illettrés. Les États-Unis  : 27 millions (c’est presque le chiffre des pauvres). Illettrés au point de ne pas pouvoir signer leur nom.

(Antenne 2, 25 avril)

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La Grande Relève l’a dit, il y a longtemps
Un jour peut-être les historiens pourront-ils mesurer avec exactitude la part prise par le Saint-Siège dans l’écroulement du communisme international.

(Le Monde, 24 avril)

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On peut être anticommuniste et intellectuellement honnête
Les réserves les plus fortes, les critiques les plus radicales à l’égard de Marx n’annulent pas son importance de penseur, ni la grandeur de son effort. On réfléchira encore sur Marx lorsqu’on cherchera péniblement les noms de MM. von Hayek et Friedman dans les dictionnaires.

(Castoriadis, Le Monde, 25 avril)

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Mauvaises fréquentations
II ne faut pas sous-estimer non plus les dangers que peut comporter la liberté retrouvée des contacts avec l’Occident... II faut que les prêtres mettent en place des défenses "immunitaires ... opportunes contre certains virus, tels... l’hédonisme de la société de consommation..."

(Jean-Paul II dans son discours à Prague, le 20 avril)

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RDA : Spectre du chômage
Jusqu’à présent les citoyens de RDA pouvaient compter sur un salaire à la fin du mois, même s’ils travaillaient peu ou mal. Cette période est révolue. L’ouverture du marché est-allemand aux produits de l’Ouest va sonner le glas d’une quantité d’entreprises de RDA dont ni la production, ni les coûts ne peuvent tenir la comparaison. II faudra, pour les meilleures, investir lourdement en matériel et en formation tout en dégraissant le personnel en surnombre, et pour les moins bonnes, fermer leurs portes. Un expert de McKinsey cité par le Financial Times voit, à dix ans, le tiers des quelque 140 combinats estallemands devenus compétitifs grâce aux apports occidentaux (si ces derniers se concrétisent), une cinquantaine ayant survécu au prix d’une sévère restructuration, et vingt à trente rayés de la carte. Chacune de ces unités représente des dizaines de milliers d’emplois...

(Le Monde, 25 avril)

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Même dans "Épargner", le magazine de votre argent...
Au niveau de la planète, les pauvres sont de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches. Tout se passe comme si nous avions fini par perdre de vue l’utilité économique, sociale et culturelle de l’argent pour n’en faire qu’une fin en soi et non plus un moyen. Erreur grossière dont le risque est que d’instrument de mesure, l’argent dont nous avons l’appétit finisse par nous précipiter dans un chaos social et politique nous faisant regretter notre manque de maturité.
L’argent est comme la quatrième dimension. II a ceci de fantastique qu’en nous entrainant loin du réel, il peut nous faire oublier ce qui fait la richesse de l’être humain : "conserver le droit pour tous et l’honneur pour soi".

(Épargner, n° 18 , avril 90. Article de René Tendron.)

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Cambodge, années zéro
La télévision (M6) nous a présenté en janvier un reportage intitulé "Cambodge, années zéro"  : Pol Pot, ce monstre sanglant aurait dû, en toute justice, depuis longtemps subir le même sort que les trois millions de Cambodgiens qu’il a torturés et assassinés, dans des conditions pires que celles des sinistres KZ d’Hitler. Ce Ceaucescu asiatique à la puissance 10 repart en guerre contre le peuple cambodgien, à peine libéré, en déclarant : "Je ferai des hommes de l’engrais et des femmes des reproductrices". Cet individu innommable est aidé en cela par les SAS britanniques qui entrainent les soldats Kmers rouges, Busch qui a levé l’embargo sur les armes à destination de Pol Pot, l’ONU qui habille les soldats Kmers rouges. Tout cela pour conserver leurs bonnes relations avec la Chine (client potentiel).

Quelle nation civilisée, à l’instar de Nuremberg, osera juger ces criminels de guerre et leurs complices ?

(Pinoche)

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Apartheid :ségrégation raciale ?
En Afrique du Sud, les blancs possèdent tout, dirigent, exploitent et méprisent la majorité noire qui n’a rien. C’est exactement la situation de la société française à deux vitesses : 5 % de commandeurs et de barons dirigent, exploitent et méprisent 95 % d’imbéciles. Un baron bien en cour, dans les hautes sphères socialistes dit, entre amis, en termes crus : "Endessous de 100.000 francs par mois, il n’y a que des imbéciles" (1).

On peut dire que cela concerne 95 % du peuple français, ces 95 % qui, en mettant leur bulletin de vote dans l’urne, croient encore vivre en démocratie, pays où le peuple est souverain. Le règne du cow-boy a vu aux Etats-Unis les riches devenir plus riches et les pauvres plus pauvres. II en est de même en France, les 5 % ont vu les bénéfices de leurs mille plus grosses entreprises augmenter de 200 % entre 1986 et 1987 et pendant ce temps les 95 % ont vu une grande partie des leurs défiler dans les rues pour réclamer un salaire décent.

Alors Apartheid, démocratie ou ploutocratie  ?

(Pinoche)

(1) Le Monde Diplomatique : "A la conquête des Pouvoirs" par Claude Julien