MILLAU 2000 : impressions

par  G. LEROY
Publication : août 2000
Mise en ligne : 29 mars 2009

Voici le témoignage d’un lecteur et militant d’ATTAC qui a participé à la grande manifestation du 30 juin dernier, à Millau :

Digne et cohérent, déterminé et impressionnant, mais jovial et ouvert… Bref, très réussi malgré l’alibi footbalistique que la “grande presse” était trop contente de se donner pour ne pas répercuter l’événement à sa juste mesure.

 Un juste soutien

D’abord, il fallait y aller, et Millau, c’est plus loin que notre bureau de vote. Mais nous fûmes nombreux à traverser la France au lieu d’aller à la pêche. Les politiciens se poseront-ils des questions ?…

Nous pouvons bien choisir “nos taulards”…

Il était évident que nous devions soutenir ceux qui, en dernier recours, prennent de gros risques (prison, amendes, réparations) [1] pour défendre de façon digne et cohérente non seulement leurs moyens de vivre mais aussi une (notre) saine alimentation. Tout cela en application [2] de principes humanistes et écologiques tels que l’autosubsistance alimentaire partout dans le monde. Ce solide bon sens, courageux et légitime, se trouve, bien sûr, en totale contradiction avec les diktats mercantiles et suicidaires de l’OMC.

Cette dignité et cette cohérence des luttes de la Confédération Paysanne et de ses membres ne faisaient aucun doute dans l’esprit des syndicats, associations et bénévoles associés pour la réussite de ces deux journées où chacun s’y retrouvait [3]. Leur bonne volonté et leur enthousiasme étaient impressionnants. Un exemple : malgré une nuit ultra courte pour cause de concert, l’aurore a vu plusieurs centaines de bénévoles nettoyer spontanément et impeccablement l’immense terrain du concert ainsi que les rues de la ville. La démagogie n’étant pas de mise, l’assemblée a été gentiment mais fermement invitée à se servir des poubelles de la Conf.

Impressionnante aussi la détermination qu’il a fallu pour mettre en place cette gigantesque logistique en dépit de l’hostilité du maire (pour la petite histoire, il avait entre autres mesquineries fait retirer “ses poubelles à lui”).

Impressionnante enfin cette marée humaine joviale et sûre d’elle même. Elle déambulait calmement entre les nombreux stands et banderoles sous les ombrages très appréciés. Nous avions pour consigne de ne pas faire trop de bruit en passant devant le tribunal (les provocations ont été soigneusement évitées de part et d’autre) mais de temps en temps, une rumeur parvenait de ce secteur et une onde parcourait la foule qui voulait connaître les derniers développements de l’affaire. Les caméramen s’y précipitaient comme ils le pouvaient.

Non loin du tribunal, la terrasse d’un bar servait de P.C. à l’équipe de Daniel Mermet qui, juste après la grève de France Inter, reprenait son excellente émission “Là-bas si j’y suis” en direct de Millau. Dans les rues, les journalistes ne manquaient pas pour filmer et interviewer.

J’ai déjà participé à des manifestations imposantes mais je dois avouer que j’ai été éberlué… et distrait par toute cette ambiance au point de manquer les forums que j’avais repérés sur mon programme !

 Le concert

Dans la nuit, vers 3h30, après de nombreux départs, j’ai enfin eu l’opportunité de m’approcher un peu, d’escalader un portique, puis de juger de la foule encore frémissante et impressionnante en nombre. Au plus fort de la soirée, il y a eu certainement plus de 100.000 personnes… pour écouter un programme éclectique : Stevos Teen, Joël Favreau, Zaragraf, Francis Cabrel, Noir Désir, Zebda, Rude Boy System. De nombreux artistes s’étaient proposés spontanément et à titre bénévole, tous n’ont pu être à l’affiche. Bien que je sois devenu un peu trop sensible aux décibels, j’ai beaucoup apprécié ceux qui se sont produits.

Aucun incident sérieux ne fut à déplorer, malgré l’affluence, sur ces deux journées. Bien sûr il y a la chance, mais, encore une fois, on peut louer la détermination sérieuse des organisateurs et des participants. Nous, participants, avons peut-être aussi été décrispés par la bonhomie de la région et de l’époque pré-estivale ainsi que par la “bonne bouffe” du terroir abondante sur le marché de Millau.

La présence de nombreux clochards et de leurs chiens nous rappelait si nécessaire que nous ne participions pas à une quelconque fête de clôture mais à une terrible lutte économique. Espérons qu’ils auront pu y puiser quelques raisons de panser leurs plaies de GIGC (Grands Infirmes de Guerre Civile).

 L’espoir

L’espoir nouveau que chacun pourra retirer de Millau 2000 réside autant dans la mixité des générations présentes que dans la diversité des sensibilités progressistes affichées et “co-luttantes” dans l’ouverture…

Fédérer cette lutte semble plus facile pour la Conf., elle n’est la concurrente de personne [4]. En outre, depuis des dizaines d’années, les José Bové, François Dufour et autres agissent, ils n’ont pas attendu la reconnaissance médiatique actuelle pour cela. C’est là un gage de solidité et de constance (que sont loin d’offrir les critiques jaloux de cette médiatisation pourtant sous proportionnée à la cause).

Millau 2000 n’ayant pas trahi la dynamique de reconquête citoyenne amorcée lors de Seattle 99, un Millau 2001 a été proposé lors du meeting de clôture. Il y a du travail d’ici là, notamment la défense des paysans qui luttent contre les OGM.


[1Avant de déposer symboliquement et à visage découvert devant la préfecture des éléments démontés du Mac-Do, certains avaient déjà eu des peines de prison avec sursis pour leurs valeureuses actions anti OGM.

[2Au travers de leur militantisme à Via Campesina, organisme international.

[3En tant qu’humains et citoyens, nous sommes attaqués sur tous les fronts par l’OMC et les IFI

(OMC= organisation mondiale du commerce, IFI = institutions financières internationales).

[4La FNSEA ne militant pas pour un véritable progrès humain.