Merci à Bernard Maris…

Publication : février 2015
Mise en ligne : 18 avril 2015

La mort de Bernard Maris, assassiné le 7 janvier, nous a profondément touchés. C’était un économiste hors norme. Tellement hors norme qu’il était l’un des rares, parmi ses semblables, à avoir lu Jacques Duboin ! Il a même osé écrire qu’il l’approuvait plus que d’autres auteurs généralement “réputés” !

Et il a été le premier à dire haut et fort qu’il fallait lire “Mais où va l’argent ?”…

Pour son soutien, qui a été et qui reste pour nous un très précieux encouragement, et une mine de références, nous avons tenu à lui rendre hommage :

Rappelons brièvement que Bernard Maris, né à Toulouse en septembre 1946, obtint son doctorat en sciences économiques à l’Université de Toulouse, sa thèse étant intitulée La distribution personnelle des revenus : une approche théorique dans le cadre de la croissance équilibrée. Reçu à l’agrégation en science économique générale en septembre 1994, il fut Professeur des Universités d’abord à l’Institut d’études politiques de Toulouse, puis à l’Institut d’études européennes à Paris VIII, et enseigna la microéconomie aux États-Unis (Université d’Iowa) et à la Banque Centrale du Pérou. Et en outre, il siègeait au Conseil Général de la Banque de France.

Très cultivé, il n’était pas seulement économiste. Journaliste, il a écrit, par exemple dans Marianne, Le Nouvel Obs, Le Monde, etc. et il faisait partie de l’équipe de rédaction de Charlie Hebdo, dans lequel il signait Oncle Bernard. À la radio, il tenait sur France Inter une chronique intitulée L’autre économie, et participait le vendredi à un débat sur un thème d’actualité économique.

À la télévision, il a participé sur la chaîne I-Télé à l’émission Y a pas que le CAC et sur Fance-5 à C dans l’air.

Écrivain, il est l’auteur, entre autres, de L’homme dans la guerre : Maurice Genevoix face à Ernst Jünger (en 2013) et de nombreux ouvrages de vulgarisation en économie : Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie ! (avec Philippe Labarde, en 1998), Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles (1999), La Bourse ou la vie (2000), Keynes ou l’économiste citoyen (Sciences Po en 2007), Marx, ô Marx, pourquoi m’as-tu abandonné ?(en 2010), il faut absolument avoir lu ses deux Antimanuel d’économie Volume 1, Les Fourmis et Volume 2, Les Cigales et ne pas manquer, en avril prochain, la sortie chez Grasset de l’essai qu’il venait d’achever Et si on aimait La France et qu’il présentait ainsi : « On n’arrête pas de culpabiliser les Français parce que ce peuple veut continuer à profiter de la vie. On leur reproche d’aimer les congés payés, de n’être pas assez productifs. je voudrais m’élever contre tout ça, réhabiliter le bonheur d’être français ».

 L’AUTRE ÉCONOMIE

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L’autre économie, c’est aussi le titre du magnifique chapitre 11 de son Antimanuel d’économie. « Beau­coup de penseurs, nous dit Maris, se sont penchés sur la question d’une meilleure organisation de l’économie. Ce sont les socialistes utopiques (Four­rier, Saint-Simon, Ba­zard, Enfantin, Proudhon, Silvio Gesell, Jacques Duboin). Leur lecture est autrement passionnante que celle des Friedmann ou des Buchanan … ».

« L’autre économie, nous expli­que-t-il, c’est l’économie solidaire qui peut cohabiter avec l’économie de marché (comme elle le fait aujourd’hui) … mais qui a vocation à la supplanter au fur et à mesure que le désir d’être se substituera au désir d’avoir ».

Il est donc question, dans ce chapitre, de monnaie fondante, de SELs, de monnaies affectées et, bien sûr de revenu inconditionnel. Maris nous rappelle comment André Gorz, qui y était initialement hostile, en est devenu un ardent défenseur en constatant les modifications qu’apportaient les spécificités de l’économie de l’immatériel à la conception classique du travail.

L’allocation universelle correspond désormais à notre économie, où un volume croissant de « richesse immatérielle » est produit avec un volume décroissant de travail. Dans la société dans laquelle nous vivons maintenant, le pouvoir d’achat d’une partie de la population diminue, le chômage, la pauvreté se répandent.

« Au fond, constate Maris, on n’a pas le choix : de plus en plus de richesse, de moins en moins de travail, de plus en plus d’exclus. L’allocation universelle permettra de détacher définitivement le travail du salaire. En fait, elle prendra acte de la fin du travail et distribuera des droits à consommer sur le volume des richesses socialement produites. C’était déjà l’idée de Jacques Duboin, qui parlait d’un « revenu social » qui n’avait plus rien à voir avec la « valeur » propre du travail (le minimum vital, les produits nécessaires à la reproduction de la force de travail dont parlaient Marx et Ricardo) mais correspondait aux besoins, désirs et aspirations que la société se donnait les moyens de satisfaire.

Maris précise « revenu social supposait, selon Duboin, la création d’une monnaie de consommation, non thésaurisable, ensemble de droits sur les biens que l’on devait immédiatement exercer ».

Et dans les textes auxquels ce chapitre se réfère sont reproduits des extraits du livre de Jacques Duboin intitulé Les yeux ouverts publié en 1955 exposant « Les trois principes d’un revenu social ».

 

LE 22 MARS 2007 BERNARD MARIS AVAIT INTITULÉ « OÙ VA L’ARGENT ? » SA CHRONIQUE L’AUTRE ÉCONOMIE SUR FRANCE INTER. NOUS LA REPRODUISONS CI-DESSOUS :

 OUI, OÙ VA TOUT CET ARGENT ?

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Mais où va l’argent ? Où va tout cet argent ?

ABN Arnro et Barclays, deux banques énormes vont créer un géant européen... L’en­sem­ble aura une valeur boursière de 117 milliards d’euros : beaucoup, beaucoup de sous et 40 millions de clients pour le groupe.

Vous vous rendez compte  ? Un petit euro facturé ici ou là, pour des frais de tenue de compte ou de gestion, et… hop ! 40 millions d’euros qui rentrent dans les caisses… pour quoi ?

« Où va l’argent ? », c’est justement le livre que vient d’écrire Marie-Louise Duboin aux Éditions du Sextant, et que je n’ai pas encore lu. Mais rassurez vous, je vais le savourer et vous en reparlerai.

En vérité, j’avais envie de parler de Jacques Duboin, son père, mort en 1976, né en 1878.

Jacques Duboin avait créé La Grande Relève, une magnifique revue que dirige sa fille.

Et j’ai envie de dire  : S’il fallait associer un nom à celui de l’autre économie, ce serait Duboin. Ce pourrait être Serge Latouche pour la décroissance, Yvan Illich pour la convivialité, Jacques Ellul pour la critique de la techno­science, René Passet (qui préface d’ailleurs le livre de Marie-Louise) pour l’économique et le vivant, mais je crois que dans tous ces nominés, the winner is Duboin, Jacques ! parce qu’il avait compris que l’accumulation d’argent pour l’argent était au cœur de l’économie

Oui, bien sûr, cela aussi Marx, et Keynes, et tous, l’avaient compris, mais surtout Jacques Duboin est l’homme qui se pose la question  : comment faire que les hommes cessent d’accumuler des objets inutiles, cessent de gaspiller et de détruire la nature ? Jacques Duboin était sous-secrétaire d’État au Trésor, donc ce n’était pas totalement un illuminé. Il a été député de Savoie également. C’est un ancien banquier. L’argent, il connaît. Il a publié un livre prophétique, La Grande Relève des Hommes par la Machine, et fondé dans la foulée le Mouvement pour l’Abondance.

Programme : revenu égal pour tous, réduction massive du temps de travail, et surtout, instauration d’une « monnaie fondante », ou « monnaie de consommation » rendant toute thésaurisation impossible... Fini les rentiers ! Ou si l’on préfère, comment faire que les possesseurs d’argent l’offrent sur le marché ? On est en 1935. Or en 1936, un économiste de génie, du nom de Keynes, achève son ouvrage majeur La Théorie Générale sur la nécessité « d’euthanasier les rentiers », et sur les monnaies fondantes, comme celle inventée par Duboin... !

Banquier oui, mais pour quoi faire ?

 

LA DETTE

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Bernard Maris intervient dans La Dette, un film de N.Ubelmann et S.Mittrani, qui explique ce problème tellement d’actualité aujourd’hui qu’est la dette.

Projetée dans de nombreux cinémas, cette vidéo, très bien faite, très claire, a ouvert les yeux de beaucoup de spectateurs… Après quoi le distributeur — la coopérative (mal) nommée Direction Humaine des Ressources — est parti avec la caisse.

Heureusement, on peut regarder chez soi le DVD. En le commandant aux producteurs non seulement vous les aidez à rentrer dans leurs frais, mais en plus vous allez faire de nouveaux experts monétaires  !

Voici leur adresse : REGIE SUD, 6 rue de Colomb, 46100 FIGEAC.

Ils proposent un prix de gros (à partir de 10 DVD, 10 euros l’unité) pour que vous puissiez en faire des cadeaux autour de vous  !

Nous ne saurions trop vous suggérer d’aller voir leur site sur Internet http://ladettelefilm.blo­gspot.fr/p/liens-et-actualites.html