Mondialisation et économie

par  R. LAILLIER
Publication : janvier 2001
Mise en ligne : 14 janvier 2009

En soulignant que le chômage baisse un peu dans les pays riches (qui s’en plaindrait !) mais avec de gigantesques espaces à travers le monde où c’est l’inverse (que dire de l’Afrique Noire, du Maghreb, de la Russie, etc.), les médias taisent que le travail précaire a quadruplé dans le même temps.

Nous serions, paraît-il, à peu près au début de la “phase ascendante d’un cycle de Kondra-tiev”. Et alors ? Cela doit-il servir d’alibi à politicien renonçant à sa mission ? Est-ce une raison pour toujours remettre les vrais débats de fond sur les orientations économiques et sociales ? Même si internet vient apporter des éléments tout à fait nouveaux, il y a encore moins de débat développant l’imagination créatrice en économie. On raisonne encore et toujours dans le même système économique et financier. Mais le débat de fond sur l’économie, la monnaie, les mécanismes financiers et bancaires n’a pas vraiment lieu. Or il faut qu’il se produise, car l’argent étant un instrument de service, il doit seulement égaler au plus près la valeur de la production, quelle que soit l’échelle considérée. Mais l’imagination en ces domaines est vampirisée par l’américano-mondialisation et ses fortunes champignon, vraies ou fantasmées.

La mondialisation s’effectue sous les deux bannières étoilées (tiens, le même symbole !) américaine et européenne, dans leur “unité” de pensée. Cependant, il faut observer que les États-Unis se sont formés…depuis 1776. Tandis que l’Europe… existe depuis l’Empire Romain, qui en est le principal substrat, car l’Europe de l’organisation brussello-strasbourgeoise est une entité artificielle. Construire “L’Europe” du XXème siècle sur une Europe qui, dans les faits, est millénaire et ne demandait qu’à croître sur sa vraie souche, ses vraies nations, est un gâchis. Vouloir faire l’Europe sur une souche existante ressemble dangereusement à la pratique, aux terribles conséquences, qui consiste à nourrir des herbivores avec des aliments mixturés de substances carnées ! C’est l’un des aspects de l’envers dantesque du règne des marchés, où Prométhée le dispute à Faust : certains y gagnent, mais les risques sont pris par la société civile…

Enfin un événement positif : le fiasco de l’OMC, le 30 novembre 1999 à Seattle, par la prise de parole de la société civile. Ils étaient venus du monde entier pour réagir contre leur infortune organisée par les milieux financièrement tout puissants, agissant en circuit fermé et par dessus les gouvernements et les peuples. Ils ont dénoncé des pratiques industrielles, agro-alimentaires, financières et commerciales qui sont contre nature, qui donnent la priorité à des intérêts privés sur les intérêts publics, ceux de l’environnement et de l’écosystème. Enfin une prise de conscience ! Enfin un coup de pied dans ce nid de vampires ! Avec Seattle, Bangkok, le contre-Davos et ce qui doit suivre, c’est l’américano-mondialisation qui se lézarde salubrement.

En vérité, les peuples, en s’estimant mutuellement, peuvent faire beaucoup plus et mieux que de grands ensembles centralisés. La mondialisation est une force d’homogénéisation, alors que les règlements et les décisions politiques de chaque pays sont des forces d’hétérogénéisation. Or ce qui est important c’est le développement de forces créatrices, et non pas leur “mise en conformité” qui, dans la majorité des cas, annihile l’imagination.