Mort de l’emploi-esclavage

par  P. VILA
Publication : août 1986
Mise en ligne : 24 juin 2009

Paul Vila a lu, traduit et commenté pour nous ici la rubrique des livres du périodique « The Economist » du 10 mai 1986 :

HORS ECHELLE HUMAINE

E. GINSBERG et G. VOJTA (Basic Books)

Ce livre sonne le glas des multinationales, qui ne gardent que les avantages d’échelle des moyens de production, des stocks, et l’avantage en stratégie commerciale, mais qui sont dépassées dès qu’intervient l’initiative ou l’innovation. Elles ne capturent que les innovateurs les plus arrivistes, s’épuisent à gérer leurs rivalités internes et à négocier avec les gouvernements ; elles en arrivent à jouer la carte des pays les plus compétitifs au détriment de l’économie-mère, et si les banques les soutiennent au nom de leur prospérité passée, c’est elles aussi qui accumulent des déficits. Cet amoncellement de structures hors d’échelle pose la question de la qualité de la vie au travail.

LE TRAVAIL AU FUTUR

James ROBERTSON (Gower/Temple Smith)

Il s’agit des mutations des modes de travail.
Certains types d’emploi sont balayés par l’innovation technologique et les améliorations de la qualité de la vie. L’auteur voit trois modèles d’emploi-salaire :
1. La routine de l’emploi salarié actuel (« libéral  »).
2. La dégradation du système échec du plein-emploi, avec du travail pour une élite de gagnants, les autres étant laissés à la dérive.
3. Le changement radical du partage des emplois où le travail indépendant se confondra progressivement avec l’activité libre, et se pratiquera à domicile ; toute la population recevra un salaire minimum de l’Etat.

Pour J. Robertson, le modèle 3 est le plus probable, sans exclusion d’un reste des deux autres. Le travail à temps partiel devra se généraliser avec l’emploi temporaire, le travail à domicile sur console, et les travailleurs indépendants  ; par suite, l’emploi direct peu honorable deviendra antiéconomique à cause des difficultés de coordination. et des charges liées aux pensions et aux avantages « sociaux » de l’emploi de masse classique.
Pourquoi l’accès au modèle 3 est-il si lent à venir  ? Principalement parce qu’il dérange les avantages institués il y a une situation de polémique systématique entre les employeurs et la masse des salariés, qui sont soutenus tour à tour au gouvernement par la majorité et l’opposition traditionnelles... Quand la décomposition des groupes géants aura entraîné avec elle la fin des blocs politiques traditionnels, on pourra lancer le système de participation sociale (à l’échelle de l’ensemble des individus d’un pays pour le minimum vital, et à l’échelle des entreprises pour la répartition de revenus...).  » Quelle renaissance ?

Ces deux livres, points de vue d’un oeil capitaliste et fragmatique sur les modèles de puissance du troisième tiers du 20e siècle nous réjouissent au premier degré. Que ce soit le critique du « The Economist » qui les commente aussi objectivement, voilà qui suggère qu’il est encore possible de gagner de vitesse les monstres du monopole du crédit. Et de donner aux modèles vraiment libérateurs suscités par ces deux bouquins l’outil de révolution sociale qui seul permettrait la sortie de crise.
Au second degré, il faut réfléchir vite, sur les stratégies possibles pour cette révolution.
- Le plus tôt possible ; c’est la course réelle, le Sport-Aid pour l’Europe !
- A l’échelle appropriée : sachons suivre les transferts à venir entre les conseils de région et l’assemblée de Bruxelles d’une part, les centres de décision de Crédit national et international d’autre part.