Nos meilleurs vœux

par  M.-L. DUBOIN
Publication : janvier 2014
Mise en ligne : 1er mai 2014

Nous étrennons une nouvelle année, alors je saisis cette occasion pour présenter aux lecteurs de La Grande Relève les meilleurs vœux de toute son équipe de rédaction, pour 2014.

Le plus classique des vœux, en cette période, c’est le souhait d’une bonne santé. Et il y a, hélas, plus de raisons que jamais de le formuler puisque les services de la santé publique, qui étaient particulièrement performants en France, continuent à se dégrader à cause des réductions drastiques de leurs effectifs et des moyens financiers qui leur sont alloués.

En fait, et plus généralement, ce que nous voulons tous, c’est que les services publics cessent d’être la proie de nouvelles économies, pour que l’État puisse aider les entreprises à être “compétitives”.

Plus que souhaiter, ne nous lassons pas d’essayer d’ouvrir les yeux de nos contemporains. Pour qu’ils cessent de croire que si les entreprises sont aidées, la croissance qui en résultera se traduira par tellement de créations d’emplois qu’il n’y aura plus de problème de chômage. Il y a belle lurette que pour produire tout ce qui est utile, et pour tous, il n’y a pas de quoi employer tous ceux qui ont besoin d’un salaire pour vivre. Les 20 milliards d’euros prévus par l’État pour aider les entreprises vont leur permettre de rapporter plus à leurs actionnaires, donc peut-être bien d’éviter la faillite. Et elles vont aussi chercher à “innover”. Mais créer du nouveau pour qui ? — Évidemment pas pour vendre à ceux qui ne peuvent déjà pas acheter le simple nécessaire. Et elles ne créeront pas d’emplois pour autant parce que les moyens techniques leur permettent de fabriquer encore plus, et encore plus nouveau, sans qu’elles aient besoin d’embaucher : la machine et l’informatique feront l’affaire. La théorie “du ruissellement”, selon laquelle si les riches s’enrichissent, les pauvres en profiteront, c’est de la blague, la preuve est amplement faite. Cessons de nous laisser bourrer le crâne par ceux qui répètent que la croissance est le seul salut possible, qu’elle va repartir et qu’il y aura demain des CDI pour tous !

Étape suivante dans nos souhaits : qu’on ose chercher comment ça pourrait aller mieux. Car là, le barrage idéologique est encore plus grave ! La plupart des cerveaux sont paralysés quand il s’agit de l’économie : ils sont persuadés qu’il est impossible de changer quoi que ce soit dans ce domaine, réservé à des spécialistes qui sont seuls à en connaître les lois et qui professent que ces lois sont immuables. Cette croyance est si solidement enracinée qu’elle génère une réaction automatique de refus d’envisager toute proposition de changement radical : a priori, ce ne peut être qu’un rêve, une illusion, puisqu’on n’y peut rien ! Au mieux, les plus “progressistes de gauche” n’imaginent qu’un retour au passé : revenir au “new deal” (=nouvelle donne) de Roosevelt, aux théories de J.M. Keynes (1883-1946, co-fondateur du FMI), à la période des Trente Glorieuses. Mais pourquoi diable s’obstiner à ne regarder que dans le rétroviseur ? … sans voir que si le plein emploi a été alors possible c’était, dans les années 30, en fabriquant des armements, et après l’abominable seconde guerre mondiale parce qu’elle avait rendues nécessaires reconstructions et restructurations ! C’est autrement qu’il faut construire l’avenir. C’est en tenant compte des moyens, des besoins et des limites actuels et prévisibles. C’est en sachant que des changements si énormes se sont produits dans tous les domaines que les conditions dans lesquelles nous sommes aujourd’hui sont tout à fait différentes de celles du passé. Et que celles de l’avenir le seront sûrement encore plus.

Nous sommes donc condamnés à inventer le futur en faisant fonctionner notre imagination.

Insistons sur les deux questions “capitales” au sujet desquelles la pensée est le plus dangereusement figée : le salariat et la monnaie.

La plupart des gens, même les plus “ouverts”, sont incapables d’imaginer que le salariat puisse être aboli. Semblable paralysie des esprits n’est pas nouvelle. Il y a deux siècles, les esclaves faisaient l’objet d’un marché où ils étaient traités non pas comme des hommes, mais comme des biens appartenant à leur maître ; cependant l’abolition de l’esclavage passait pour impensable, même par des gens très bien…

Il y a un siècle, que d’esprits “éclairés” affirmaient qu’il était impossible d’accorder un jour de repos hebdomadaire aux salariés : ils le passeraient à boire !

Quelques décennies plus tard, accorder des congés payés à leurs employés c’était, pour les entreprises, la faillite certaine !

De même, aujourd’hui, est presque unanimement rejetée l’idée (défendue dans ces colonnes depuis bientôt 80 ans) d’un revenu social dù à tous, versé à vie, comme étant la part de chacun de l’usufruit d’un héritage commun. Elle est même refusée par des syndicalistes pour qui l’emploi est une “valeur”, et les sans-emploi, des “assistés”, voire des fainéants. Elle est, hélas, moins violemment repoussée par des gens “de droite” mais c’est quand ils pensent que si ce revenu était d’un montant insuffisant pour en vivre décemment, ce serait un bon moyen de libérer leur conscience en exigeant plus de travail pour moins de salaire.

L’autre tabou à vaincre concerne la monnaie. Il n’y a que les traders qui aient su mettre à (leur) profit la puissance des ordinateurs ! Que d’énergie il va encore falloir déployer pour faire comprendre que l’informatique permet une distribution générale des richesses produites, en évitant que la spéculation offre à une infime minorité les moyens de l’accaparer !

Pourvu qu’en 2014 nos lecteurs soient beaucoup plus nombreux, et capables d’ouvrir encore beaucoup d’esprits à ces réflexions de simple bon sens ! Souhaitons que La Grande Relève continue à leur apporter quelques informations utiles et la référence de saines lectures !