Nous sommes l’avenir !

par  M.-L. DUBOIN
Publication : janvier 2000
Mise en ligne : 14 mai 2010

Quel plus beau cri de joie pouvions-nous imaginer pour ce passage au millénaire des années 2000 ? C’est celui du bulletin le “Grain de sable”par lequel l’association ATTAC, dont nous faisons partie depuis son origine, a salué la détermination de tous ceux qui se sont battus contre l’OMC libérale. L’échec de la réunion de Seattle est certainement plus du à l’énormité de ce qui était envisagé et à la suffisance de ses organisateurs (persuadés qu’ils n’avaient qu’à proposer pour que le monde s’incline) qu’aux manifestations locales. Mais ce qui restera, et qui apparaît comme un tournant de l’histoire humaine, c’est cette prise de conscience citoyenne affirmant enfin, et en chœur « Non à la commercialisation du monde : un autre monde est possible ! »

Dans un tel contexte, où notre “utopie” vient d’elle même à l’esprit de tous ceux qui se sont retrouvés côte à côte dans cette lutte, nous pouvons vraiment commencer l’année gonflés d’espoir ! Puisque l’opinion publique, systématiquement, méthodiquement endormie depuis très longtemps, donne des signes d’éveil, c’est le moment de lui ouvrir les yeux. Tous nos vœux à nos lecteurs pour aller dans ce sens…

D’abord en réfléchissant : quel est le véritable enjeu des négociations qui devaient s’ouvrir à Seattle… et qui, bien que retardées, menacent toujours ?

— Clairement, l’avenir de la société humaine.

Parce que l’humanité a franchi un cap au cours du XXème siècle : à force de recherches et de travail, elle a appris à mettre la nature à son service. Elle est ainsi sortie d’une ère, qui dura des millénaires, où la rareté dominait, où l’objectif premier était de produire, ce qui exigeait le travail de tous, et où le salaire se chargeait de répartir la production. La fortune venait alors de l’entreprise, et pour vivre il suffisait de lui offrir sa force de travail.

Ce contexte est complètement bouleversé. Ce n’est plus la rareté qui nous hante. Produire, on sait faire. Le problème, c’est que tous ceux dont le travail n’est plus nécessaire à la production ne peuvent plus en vivre. La machine économique ne peut donc plus tourner rond sur les bases établies au cours des deux derniers siècles.

Dès que les grosses entreprises des pays riches ont produit beaucoup plus que leurs clients ne pouvaient acheter, une question s’imposait : la population est-elle désormais pourvue grâce à cette abondance ? La réponse étant évidemment non, il fallait repenser l’économie et imaginer un système distributif, c’est-à-dire capable de distribuer en même temps le travail qui reste et les richesses créées.

Au lieu de cela, c’est la course en avant qui a été imposée, puis accélérée par des entreprises gigantesques n’ayant que la rentabilité comme objectif. Elle aboutit à cette réunion de Seattle, conçue pour forcer le monde à suivre l’obstination de ceux qui, ayant fondé leur fortune sur cet aveuglement, ont toujours besoin de trouver de nouveaux clients et croient pouvoir en trouver de plus en plus loin en imposant au monde entier leur idéologie d’une certaine libéralisation.

Une partie de l’opinion, faite de groupes très disparates allant de paysans français à des syndicalistes américains et des consommateurs des pays riches aux défenseurs des laissés pour compte, a pris conscience qu’une limite inacceptable avait été franchie avec ce cirque organisé par Boeing et Microsoft.

Ils ont compris que “trop, c’est trop”, que cette fuite en avant menait droit dans le mur en conduisant à produire n’importe comment, n’importe quoi, en compromettant sérieusement l’environnement, et sans aucune considération des besoins réels d’une population méprisée.

Reste maintenant à mettre en œuvre des mesures destinées à limiter les nuisances du système…

Alors on constatera qu’il faut aller jusqu’à refuser toute confiance à une monnaie qui peut être prêtée contre intérêts. Et ce jour-là, les peuples inventeront l’économie distributive. Courage, ce sera au XXIème siècle !