On récupère ?

par  G. LAFONT
Publication : mai 1978
Mise en ligne : 2 septembre 2008

Le peuple souverain a voté... Et la vie continue. A ce jour, autant que je puisse en juger de visu, rien de ce que nous ont promis, au cours de la campagne électorale les augures patentés de chaque parti si nous n’étions passages, je veux dire Si nous votions pour leurs adversaires, n’est encore arrivé. Mais tous les espoirs restent permis.
Aujourd’hui, un mois après la grande tombola du 19 mars. alors que tout le monde s’est remis de ses émottions ou de sa surprise, je me demande lequel du vainqueur vainqueur du vaincu est le plus heureux du résultat, ou le plus soulagé.
Parce qu’il va falloir, pour le nouveau gouvernement, ranimer le franc, relancer les affaires, trouver du boulot pour les chômeurs. porter le SMIC à 2 300 ou 3 000, francs qui dit mieux ? - Bref. tenir ses promesses, et même celles des antres.
Il va avoir du patin sur la planche, le nouveau gouvernement. Et je souhaite beaucoup de plaisir à M. le Premier Ministre. On l’attend au tournant. Et comme la recette-miracle pour réduire l’inflation sans augmenter le chômage, et vice-versa, n’existe pas dans les traités d’économie politique à l’usage des élèves de Sciences-Po, on ne voit pas comment il réussirait mieux que ces prédécesseurs.
Alors ? Ça va être dur pour tenir le coup. On pourrait reprendre à son intention le refrain irrespectueux d’un chansonnier de l’entre-deux guerres à l’adresse de je ne sais plus quel grand homme politique de l’époque que le chef de l’Etat venait de charger - déjà ! - de sauver la France
« - Fais pas le couillon, t’as une bonne place ! ».
Je crois me souvenir, soit dit entre parenthèses, sans vouloir décourager M. le Premier Ministre, que le grand homme politique en question n’a pas réussi à tenir le coup plus de deux mois mais j’ajoute, pour rassurer, s’il en était besoin. nos lecteurs, qu’il s est trouvé beaucoup d’autres sauveurs pour lui succéder.
Faut-il pour autant s’abandonner au pessimisme ? D’abord, nous ne sommes plus soirs la IIIe République, mais, si j’ai bien compris, sous la Ve, ce qui devrait changer tout.
Ça ne change rien. Quel que soit le numéro dont on l’affuble et les étiquettes qu’on lui colle, qu’elle se dise libérale avancée ou socialiste en retard d’une révolution, notre République, rafistolée tant bien que mal avec des remèdes de bonne femme par des énarques distingués, est incapable de sortir de l’économie de marché, et merdoie depuis plus d’un demi siècle dans la plus affligeante pagaille que l’on puisse rêver. Et dont elle crève.
Une preuve ? Un parlementaire, si j’en crois mon journal habituel, a déposé, avant de partir en campagne, au bureau de l’ancienne Assemblée Nationale, un projet de loi sur la récupération des déchets.
J’ignore, à l’heure où j’écris, ce qu’il est advenu de ce beau projet, et même si le député qui en assume la paternité a récupéré son siège, ce qui serait justice, après tout. Mais j’espère que, toutes affaires cessantes, la nouvelle Assemblée adoptera ce projet à l’unanimité. En pleine marée noire, il ne peut pas mieux tomber.
Seulement attention. Récupérer les déchets, c’est un premier pas contre le gaspillage, ce qui peut nous entraîner loin dans un système économique dont la seule raison d’être est le profit et où les techniques modernes condamnent à produire de plus en plus pour la seule satisfaction des besoins solvables, alors que les besoins réels ne sont pas tous satisfaits, à créer des besoins nouveaux, grâce à la publicité envahissante, enfin à détruire les « excédents » aux frais des contribuables, comme de bien entendu.
Alors, récupérer les déchets...
Je ne suis pas contre, remarquez. Mais à une condition : qu’un de nos parlementaires, s’il s’en sent le courage, dépose un projet de loi sur la récupération des coups de pied au cul qui se perdent.