Où est l’issue ?

par  M.-L. DUBOIN
Mise en ligne : 30 mai 2009

Notre humanité apprentie-sorcière s’est mise dans une situation catastrophique en abandonnant son sort à un système … qui s’avère une machine à pomper les richesses de la planète vers une infime minorité qu’Erwin Wagenhofer (le producteur de Let’s make money [1]) estime à 3 % (200 millions de personnes).

Comment-va-t-elle s’en sortir… si elle s’en sort ?

Peut-on rêver que ce soit par la raison, par la sagesse des “décideurs” avouant qu’ils se sont trompés en affirmant que le seul système possible à leurs yeux était la panacée qu’ils promettaient ? Ce n’est hélas pas probable : peu de gouvernements osent choisir cette voie qui les oppose à tous les autres. En tout cas, même dans les pays qui se prétendent démocratiques, cette issue n’est pas imaginée.

Et moins encore dans notre monarchie française : le parti majoritaire y disposant de tous les moyens et sans contrôle, ne démord pas de sa dévotion au maître et à ceux qui ont financé sa promotion. Donc même si cette attitude est de plus en plus difficile à tenir, il continue à affirmer et à promettre.

L’opposition politique est-elle en mesure de dénoncer l’énorme aberration économique et financière, alors que ce qu’on appelle “la crise” où celle-ci nous a plongés lui en offre l’occasion ? Hélas non. Le PS a fait ses preuves en tant que “parti de gouvernement” : il a tellement renoncé à tout idéal et à toute contestation de la religion du marché, il est responsable de tant de dérives, qu’il a ruiné tout l’espoir que la foule du 10 mai 1981 avait manifesté dans la joie. Il n’offre plus que le spectacle calamiteux de politiciens tout aussi obnubilés que leurs “adversaires” par leur ambition personnelle et leurs rivalités internes, totalement incapables de sortir des poncifs de la pensée unique pour oser concevoir un véritable projet de civilisation. La déception de ses anciens électeurs va grossir le parti des abstentionnistes aux prochaines élections, ce qui ne fera qu’augmenter le pourcentage des votes de droite…

Ce pourcentage sera également renforcé du fait qu’il s’agit de choisir des députés européens dans le cadre qui a été massivement refusé par référendum.

L’espoir d’une dénonciation des méfaits du système n’est donc porté, sur le plan politique, que par ceux que les grands médias français, pour faire peur, évoquent comme une gauche “extrême”, et que les Allemands désignent tout simplement comme étant la vraie gauche : die Linke. Il sera sans doute difficile de les entendre au cours de la prochaine campagne électorale, car déjà les grands médias les ridiculisent en évoquant le “parti du facteur”. Espérons que leur programme, puisqu’il se dit anticapitaliste, ne passera pas à côté du vrai problème et saura donc s’appuyer sur le refus total du prêt à intérêt sur lequel repose la monnaie capitaliste émise par les banques (privées).

Et les syndicats, peut-on compter sur leur poids ? Jusqu’ici, le monarque en exercice a voulu ignorer leurs justes revendications et s’est montré insensible à leurs manifestations, pourtant massives. Cette attitude a eu au moins pour effet de les unir dans leur refus de voir les citoyens contraints de faire les frais des dérives du système financier, auquel les gouvernements se sont empressés de porter secours. L’histoire dira si cette union aura des suites. On aimerait les voir oublier, eux aussi, leurs rivalités, et rester unis dans la défense des intérêts non pas seulement des “travailleuses, travailleurs”, mais de tous les citoyens, dont ceux qui n’ont pas de travail du tout, et ceux qui n’ont qu’un emploi trop précaire pour pouvoir se syndiquer.

Il reste que toute la sécurité qu’apportaient l’État-Providence et ses services publics … est systématiquement détruite. La montée des mécontentements qui en résultent et des mesures policières prises pour les étouffer (elles sont telles [2] qu’Amnesty International s’en émeut) font évidemment craindre que cette escalade de la violence mène à de terribles conflits, bien pires encore que ceux du passé…

Face à toutes ces raisons de protester ou de désespérer, une révolution silencieuse tente pourtant, obstinément, de se développer : c’est celle de la société civile, ou plutôt civique, mais non formelle, non institutionnelle, celle de tous ceux qui, comme nous-mêmes, aspirent à une “économie sociale et solidaire” (terme maintenant consacré). Nos voies sont multiples et disparates, certains cherchent d’abord à comprendre, à analyser quels sont les mécanismes à supprimer et par quoi les remplacer, d’autres, les plus nombreux, préfèrent tenter des expériences “de terrain”. Toutes ces voies sont pleines d’écueils, dans un contexte hostile et tout puissant qui conditionne fort les mentalités. Mais les conclusions d’une étude publiée par le CETIM [3] et portant sur les plus riches d’enseignement parmi ces expériences, sont fort encourageantes. Je n’ai pas la place ici pour les rapporter, ce sera pour le mois prochain.


[1Voir GR 1097, page 3.

[2Faute de place, nous n’en évoquons, ci-dessous, page 13, que deux parmi toutes celles dont nous avons eu écho.

[3Produire de la richesse autrement étude publiée par le Centre Europe-Tiers Monde, 6 rue Amat, 1202 Genève.