Outre Manche, un débat enrichissant…

par  J.-P. MON
Publication : octobre 1995
Mise en ligne : 4 juin 2008

A l’invitation de notre ami Kevin Donnelly, nous avons assisté à Londres, le 13 juillet, à un débat sur la monnaie, organisé par le Conseil Chrétien pour la Justice Monétaire , dont Kevin est Secrétaire.

Ce débat, qui s’est déroulé [1] à la Chambre des Communes sous la présidence de Sir Austin Mitchell, Membre du Parlement, a réuni une centaine de participants, venus de plusieurs pays.

Il a été précédé d’une conférence de John Tomlinson, auteur du livre Honest Money, qui explique la crise du système monétaire au Royaume-Uni et dans le monde.

Tomlinson constate que nous avons un système monétaire basé sur la dette et que ce système, ce n’est pas nous qui l’avons choisi. Il nous a été imposé progressivement jusqu’à ce qu’il n’y ait plus moyen de revenir en arrière. Son origine remonte à la décision de R.Nixon de supprimer la convertibilité en or du dollar américain, lorsque les Etats-Unis n’ont plus eu assez d’or pour assurer la conversion des dollars qui étaient créés un peu partout dans le monde.

Tomlinson fait toucher du doigt l’absurdité du système ainsi adopté, qui, par sa nature même, est à l’origine des turbulences financières et économiques que nous subissons : « Nous, en tant que citoyens, nous donnons à nos gouvernements la responsabilité de créer et de maintenir un stock de monnaie pour notre usage. Et le gouvernement, lui, autorise les banques à créer de la monnaie, mais pour elles. Le plus curieux dans cet arrangement, c’est que les banques ne paient aux gouvernements aucun droit, aucune redevance pour l’utilisation de cette monnaie, qu’elles créent pour ellesmêmes et pour les gouvernements. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça n’a rien d’un accord commercial.

Il y a pire. Lorsqu’un gouvernement a besoin de dépenser plus d’argent qu’il n’en a encaissé sous forme d’impôts, au lieu de créer ce qui lui est nécessaire, ce qui ne lui coûterait rien, il l’emprunte au pool formé par le système bancaire ! Et nous, nous devons en payer des intérêts ! »

Chiffres à l’appui et historiquement argumenté, le reste de la conférence est de la même veine et révèle clairement l’absurdité du système. Le débat qui suivit, riche en interventions, opposa une fois de plus les économistes orthodoxes (oxfordiens en l’occurrence) à tous ceux qui pensent qu’il est indispensable de rendre aux gouvernements leur droit régalien d’émettre la monnaie dont ils ont besoin pour satisfaire les besoins essentiels des populations dont ils ont la charge. Merci à Kevin Donnelly de nous avoir permis d’assister à un débat si encourageant.


[1Il faut ici souligner l’ouverture d’esprit des parlementaires britanniques qui acceptent de mettre une salle de la Chambre des Communes à la disposition d’une association dont les positions sur la monnaie sont depuis longtemps à contre courant de la doctrine officielle. Cherchez un parlementaire français qui aurait le courage de demander à l’Assemblée Nationale une salle pour débattre avec nous de la remise en cause indispensable de la création monétaire par les banques…