Paradigme

par  B. HALFF
Publication : mai 2016
Mise en ligne : 30 juillet 2016

Wikipedia : « Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent de vision du monde qui repose sur une base définie (matrice disciplinaire, modèle théorique ou courant de pensée). C’est une forme de rail de la pensée dont les lois ne doivent pas être confondues avec celles d’un autre paradigme et qui, le cas échéant, peuvent aussi faire obstacle à l’introduction de nouvelles solutions mieux adaptées. Cette notion est rattachée à celle d’idéologie, au sens de la science des idées, des représentations.

Le paradigme au sens collectif est un système de représentations largement accepté dans un domaine particulier. Cela dit, les paradigmes tendent à différer selon les groupes sociaux et à changer dans le temps en fonction de l’évolution des connaissances (cas notamment des paradigmes scientifiques) ».

Une forme de rail de la pensée… La pensée a des rails, maintenant ! Ce qui m’a conduit à chercher l’étymologie de rail. Wiktionnaire : « mot emprunté de l’anglais rail, même sens ». Bon…

Donc rail en anglais : de l’ancien français reille ! J’aime. Lui-même du latin regula. Donc regula : heureusement, j’ai prévu et j’ai un dictionnaire étymologique latin. Regula, c’est une règle simple droite. S’apparente (de loin quand même) à rex, le roi qui est celui qui dirige seul les affaires de l’état.

On comprend donc très bien que le paradigme, c’est une grille de lecture qui exclut les autres grilles de lecture. Si l’on change de paradigme, on change de grille de lecture et on remise au grenier la précédente, quitte à la ressortir le moment venu.

Par exemple : La révolution française de 1789 a bien été un changement de grille de lecture : nous sommes passés de la royauté héréditaire, accompagnée d’une classe dirigeante fondée sur l’impôt du sang, la propriété terrienne, une bourgeoisie aux fonctions achetées et une paysannerie faisant vivre l’ensemble par son travail (en gros !) au gouvernement par le peuple en utilisant les élections comme moyen de choix des gouvernants.

Plus compliqué que ça ? OK. Je n’ai pas l’intention de réécrire l’histoire de la Révolution.

Quoiqu’il en soit, ce fut un changement de paradigme.N’insistons pas.

Un autre changement, peut-être plus significatif, a été celui apporté par la révolution énergétique. Le passage de la force animale et humaine, à la force motrice de la machine : machine à vapeur, à charbon, à électricité, à atome ensuite.

En deux cents ans, le perfectionnement de la force motrice a permis un développement des machines au point de les rendre méconnaissables. Et a permis, dans quasiment tous les domaines, une production quasiment illimitée. Et bien sûr, au prix de la pollution de la planète. Et ce n’est pas fini, loin de là.

Plus compliqué que ça ? OK. Je n’ai pas l’intention de réécrire l’histoire de l’énergie.

Résultat de tout ça et de bien d’autres choses, la situation actuelle. L’analyse a été faite cent fois et par des gens autrement capables, intelligents, érudits, que moi.

Je peux quand même dire que la grille de lecture actuelle passe par un gouvernement apparent d’hommes politiques super puissants, contrôlés par des contrepouvoirs également super puissants. Et réciproquement. Le tout encadré par de super puissances économiques, fort peu contrôlées et dont le but est de continuer à s’enrichir, ce qui est le destin des super puissances économiques. Et cela dans un contexte étonnant de super abondance mal distribuée, parce que liée à l’argent : qui a de l’argent a tout, qui n’en a pas n’a rien.

Et la source de l’argent (Kipling dit bien que l’argent, en fait l’or dans son analyse, est une rivière souterraine qui irrigue là où on l’envoie) donc la source de l’argent a aussi changé de paradigme. Jadis l’agriculture, puis l’industrie (avec la possession de l’énergie, des matières premières) aujourd’hui un monde immatériel « connecté ».

Plus compliqué que ça ? OK, je ne vais pas réécrire l’histoire de l’économie.

Nous sommes donc dans une situation, encore une fois très étudiée, dans laquelle les hommes politiques mentent professionnellement. Quel homme politique, de destin national (en effet, il y a de “petits” hommes politiques qui disent la vérité mais que personne n’entend) dira urbi et orbi que l’argent, le revenu, ne peut plus être subordonné au travail, car il n’y a pas, ni aura jamais, de travail pour tout le monde puisque nous avons libéré l’homme de cette malédiction biblique ? Qu’il faut préparer les hommes à cette nouvelle grille de lecture ? Qu’il faut leur apprendre à “recadrer” leurs désirs ? À retrouver le vrai sens du plaisir ? Qui peut être différent pour chacun, mais qui ne vient pas tout seul ? À retrouver, comme le dit si bien la chanson que chante Reggiani, le sens de la fraternité ?

Comment pouvons-nous les aider ? Quels sont les pistes ? Et non les rails !

De toute part, les hommes de bonne volonté sont en recherche. Les exemples sont légions, anciens et récents.

Il faudra coordonner ces efforts sans pour autant les unifiés. Ils doivent rester libres.

Et si les hommes politiques ne peuvent abandonner leur paradigme personnel qui passe par leur élection avant tout, il faudra se passer des hommes politiques, c’est de plus en plus évident.

Et si les super pouvoirs économiques refusent d’abandonner leur pouvoir, il faudra bien leur rogner les ailes.

Et si ceux qui ont tout refusent de partager, il faudra leur faire comprendre qu’être l’homme le plus riche du cimetière n’est peut-être pas le meilleur but dans la vie. Et qu’une vie sans fin n’est peut-être pas si souhaitable que ça… Donc quelles pistes ?

Par exemple, la fin de la monnaie que nous connaissons, pour la remplacer par une monnaie distribuée suivant les besoins discutés et qui s’annule quand on l’utilise, comme un ticket de métro ou une place de théâtre. Et donc on ne peut ni thésauriser ni spéculer.

Par exemple : enseigner à tous une habileté manuelle, qui permette de faire des choses avec ses mains, de les voir créer, d’avoir la satisfaction d’un travail concret, choisi, plaisant, utile même…

Par exemple : supprimer la publicité. C’est difficile, compliqué, et ça va créer du chômage, certes, mais de toute façon…Et cela va arrêter la recherche effrénée d’un superflu inutile quand tant d’hommes n’ont pas le nécessaire…Et arrêter de défigurer nos paysages aussi bien urbains que campagnards. Mais bien sûr, cela nous redonnera aussi une liberté, une autonomie dont nous avons peur.

Il faudra apprendre à ne plus avoir peur. Ni du lendemain, ni de manquer, ni des autres… ni de la liberté retrouvée…