Pourquoi nous partons

par  H. CHAVEZ
Mise en ligne : 31 janvier 2010

Répressions policières à l’extérieur, autres mauvaises méthodes à l’intérieur. Alors Hugo Chavez tient un second discours pendant la séance de clôture :

Obama est venu, il a parlé et il est sorti par la petite porte. Par cette petite porte, une porte cachée par là-bas, qui s’utilise, j’imagine, pour le service… C’est par là qu’il est parti, par la porte de derrière. C’est l’empire, l’empire qui arrive à minuit, dans l’obscurité, et dans le dos de la majorité. De manière antidémocratique, un document a été concocté, un document que nous n’acceptons pas, que nous n’accepterons jamais…

Hier soir, nous nous réunissions ici, dans un gymnase, avec les milliers de mouvements qui luttent pour la justice sociale, qui ont manifesté, dans les rues, sous la neige, avec des pancartes… Nous étions contents que soient réunis à Copenhague des compatriotes de l’Amérique Latine et des Caraïbes avec des gens de tous les pays.

Mais en apprenant qu’il y avait plusieurs réunions, nous avons été très inquiets. Un petit groupe rassemblait seulement les amis de la Présidence de la Conférence. Alors que nous, nous sommes amis de tous, ils ne nous ont invités à participer à rien, ils ne nous ont même pas consultés pour entendre notre opinion. C’est pourquoi nous voulons dire fermement que tous les pays sont égaux. Pour nous, les Présidents, les chefs d’État et de gouvernement sont tous au même niveau, il n’y a pas des premiers Présidents et des Présidents de seconde zone, comme il n’y a pas des peuples de première classe et des peuples de seconde classe. Tous nous sommes égaux, nous tenons à bien le faire comprendre ici. Et je ne parle pas seulement au nom du Venezuela, j’ai été autorisé par les représentants des pays de l’Alliance Bolivarienne, c’est-à-dire par les gouvernements et les peuples de la Bolivie, de Cuba, de l’Équateur, du Nicaragua, des Caraïbes, des pays de la Dominique, de San Vicente, des habitants de Grenade, d’Antigua-et-Barbade et du Venezuela.

La façon d’agir au Sommet de Copenhague était opaque. Il a circulé de multiples versions de document final, toutes aussi peu transparentes. Il faut que ceci soit dénoncé. De sorte que si nous contestons le document final, c’est d’abord parce que nous ne le connaissons pas. Or nous estimons qu’aucun type de fraude ne doit être tenté, parce que ce serait une tromperie envers les peuples du monde. Si quelque chose doit s’implanter, être adopté dans le monde entier, c’est la confiance entre nous. Que certains se croient supérieurs à nous les indiens du sud, à nous les noirs africains indigènes, à nous les peuples du sud, ça suffit, car nous sommes tous égaux.

Nous partons donc, mais en laissant une protestation : il y a violation des procédés des Nations Unies. Le Protocole de Kyoto, Lula l’a déjà dit, ne peut pas être déclaré mort ou éteint, comme le prétendent les États-Unis c’est pourquoi Evo a dit une grande vérité : si Obama, le Prix Nobel de la guerre, a dit ici même qu’il est venu pour agir. Eh bien, démontrez-le Monsieur, ne partez pas par la porte de derrière, faites tout ce qu’il y a à faire pour que les États-Unis adhèrent au Protocole de Kyoto, et nous allons respecter Kyoto, et promouvoir Kyoto, et répondre au monde de manière transparente.

…Nous le disions hier soir, Copenhague ne finit pas aujourd’hui. Copenhague a ouvert les portes pour que nous continuions de mener un grand débat mondial pour savoir comment sauver la Planète, comment sauver la vie sur la Planète. Copenhague n’est pas une fin, Copenhague est un commencement pour que nous obtenions les accords qu’il faut obtenir…

Éric Laurent connait bien et depuis longtemps l’administration américaine.

Ses ouvrages sur le clan Bush étaient remarquables. Celui qu’il vient de publier l’est autant : il montre le milieu bancaire américain et son rôle, non seulement dans la gestion des États-Unis, mais aussi dans la formation et la promotion d’Obama.

À lire si on veut comprendre et ne pas se faire trop d’illusions…

M-L D.

Ce qu’Obama a dit est vraiment ridicule, car les États-Unis possèdent la machine à fabriquer des dollars, ils ont fourni, je crois, 700 mille milliards de dollars pour sauver les banques. C’est donc avec raison qu’ils disent, dans les rues, que si le climat était une banque, ils l’auraient déjà sauvé. Alors, quand Obama vient dire qu’il va apporter 10 milliards de dollars par an, c’est dérisoire…c’est une plaisanterie : la dépense militaire des États-Unis est de 700 milliards de dollars par an. En diminuant leur dépense militaire de seulement la moitié on voit ce qu’ils pourraient faire. Mais les États-Unis sont les plus grands émetteurs et les plus grands pollueurs…Les États-Unis et ses alliés, ce sont là les grand coupables. Ils devraient l’assumer avec dignité… Obama restera dans l’histoire comme l’une des plus grandes frustrations, pour beaucoup de gens qui ont cru en lui, aux États-Unis et dans d’autres parties du monde.

Mais ce qui importe, ce qui est le plus important, c’est que les peuples du monde et les gouvernements dignes, qui sont la majorité, nous nous mettions d’accord pour impulser de vraies solutions.

Nous ne sommes pas venus ici pour demander l’aumône, nous venions, dans des conditions d’égalité, apporter de modestes idées pour trouver des solutions. Que personne ne l’oublie, que personne ne l’oublie, la faute est au capitalisme. Et il faut attaquer les causes… Le débat est éminemment politique, éminemment moral, éminemment nécessaire, absolument nécessaire car le capitalisme est le chemin vers la destruction de la Planète.

Madame la Présidente, nous voulons que ce soit clair : nous partons parce que nous ne pouvons pas espérer plus longtemps. Nous partons, mais les pays de l’ALBA font clairement comprendre que nous contestons, dès à présent, tout document qu’Obama ferait passer sous la porte, qui sortirait de nulle part, en essayant de présenter cela comme une solution salvatrice, comme disaient hier certains d’entre vous.

Nous partons tout simplement en sachant qu’un accord n’a pas été possible ici à Copenhague, et que s’il n’a pas été possible c’est parce qu’il y a un manque de volonté politique des pays les plus développés de la Terre… et c’est une vraie honte, c’est l’égoïsme des plus responsables, surtout pour les raisons déraisonnables de production et de consommation de son capitalisme hyperdéveloppé.

Ayons la foi qu’un travail intense ne sera pas perdu, que c’est un apport. Nous partons plus conscients du problème et plus engagés à créer une conscience chez nos peuples au sujet du climat et du déséquilibre environnemental.

Maintenant, comme l’a dit Fidel [Castro], c’est une clôture sans gloire qui va arriver. Je ne veux pas dire que ce sera avec de la peine, non, la clôture de cet après-midi, c’est une clôture qui laisse la porte ouverte à un espoir, l’espoir que nous réussirons à prendre des décisions pour sauver l’humanité, et que nous ne les obtiendrons qu’en laissant de côté les intérêts égoïstes.