Prévenir plutôt que guérir

par  J. MESTRALLET
Publication : avril 1982
Mise en ligne : 13 janvier 2009

L’EXPRESSION « médecine de pointe » évoque une réalité bien différente des hôpitaux ultra-modernes, pourvu d’un matériel « dernier cri »  ; des opérations à coeur ouvert et des greffes d’organes, de grands médicaments sans lesquels elles seraient impossibles.
S’il n’est pas question de refuser ces moyens aux malades pour lesquels ils constituent le dernier recours, leur nécessité croissante ne traduit pas un progrès ! Loin de là !
Le vrai progrès consiste à empêcher les gens de tomber malades et non à laisser la maladie s’emparer d’eux pour les soigner ensuite. On fait d’ailleurs beaucoup mieux aujourd’hui : on rend les gens malades par les pollutions de toutes sortes : de l’air, de l’eau, des aliments, par le bruit, les conditions de travail où il entre pour beaucoup, les tracas imbéciles, etc...
Bien sûr, on objectera la fin des grandes épidémies. Mais s’agit-il d’une victoire décisive ? Le paludisme, que l’on croyait vaincu, a fait sa réapparition, les moustiques, vecteurs du germe, deviennent résistants aux insecticides. Quant aux maladies vénériennes, elles refusent de céder aux antibiotiques, dont il faut sans cesse augmenter les doses. Et pour bien d’autres maladies encore, c’est aussi vrai.
Ajoutez les maladies de dégénérescence, cancers, allergies, rhumatismes, affections cardio-vasculaires, les maladies mentales, et votre image du progrès médical sera quelque peu ternie. J’allais oublier les maladies « iatrogènes  », dues aux médicaments. Elles progressent toutes.
Soyons clairs : il ne s’agit pas de nier les succès de la médecine moderne. Mais on ne peut davantage fermer les yeux sur leurs contreparties.
La vraie réussite médicale ne saurait être de nous réduire à un assemblage de prothèses ou à nous transformer en perpétuels assistés médicamenteux. On doit réserver ce genre d’intervention aux personnes ayant épuisé leurs défenses naturelles. L’artillerie lourde médicale sera d’autant plus un progrès qu’on l’emploiera moins.
Au contraire, il faut savoir qu’un organisme vivant possède normalement tous les moyens de défense nécessaires, pourvu que l’on s’abstienne de le perturber. On peut gêner son fonctionnement de plusieurs manières : par intoxication et carence de sels minéraux en particulier, fatigue excessive, chocs émotionnels, etc...
Voilà justement les causes auxquelles s’attaquent les «  méthodes naturelles de santé ». Je garde volontairement cette expression, bien que certaines d’entre elles aient un caractère artificiel en apparence (acupuncture, courants électriques, etc.), parce qu’elles stimulent des processus naturels. On doit bien reconnaître à ces méthodes un pourcentage élevé de succès. Elles sont nombreuses et généralement complémentaires régimes alimentaires, cures de jeûne, homéopathie, phytothérapie, applications d’argile, etc., en plus des thérapeutiques mentionnées auparavant.
Quels qu’ils soient, tous les régimes alimentaires reposent sur l’agriculture biologique. On ne saurait parler d’alimentation saine sans produits sains, même en dehors de tout régime.
J’ai mentionné, dans la série d’articles consacrés à l’agriculture biologique, l’amélioration obtenue par quelques adeptes en matière de santé.
L’agriculture biologique préviendra aussi la pollution des eaux par les nitrates. Le rapport Hénin en a révélé l’ampleur (1).
Restent la pollution de l’air et celle de l’eau par des causes non agricoles. Leur élimination relève de l’action collective. Mais là, comme partout ailleurs, la véritable raison est le profit.
L’agrochimie est, de toute évidence, une impasse. Même si l’agrobiologie n’a pas résolu tous ces problèmes, elle représente l’avenir, le progrès véritable. Peu importe qu’elle n’atteigne pas toujours les rendements de l’agrochimie, s’ils ne représentent qu’un succès éphémère et menacent la qualité des sols et la santé.
Constituant l’un des piliers d’une véritable politique de la santé ; l’agrobiologie doit recevoir le soutien de la collectiité. Il est vrai que sa généralisation rapide en même temps que celle des autres méthodes naturelles de santé provoquerait, en régime du profit, une telle catastrophe économique  ! Je vous laisse conclure...
Ecologistes qui parlez toujours d’économies, remuez vos méninges  !

(1) Nature et Progrès, n° 72.