Quai de Clichy

par  J. QUÉBRE
Publication : avril 2016
Mise en ligne : 28 avril 2016

J’ai longtemps vécu près des portiques.
Parfois, comme des chants métalliques,
Venaient dans la nuit bercer mes rêves,
Valses des sons, prolongeant la trêve.

Deux grands tas noirs au bout des bassins,
Nuées d’oiseaux, telles des essaims,
Picorant ou bien virevoltant,
Pigeons, mouettes ou grands goélands,

Un flot noir, par la vanne ouverte,
Coule dans le chenal. Voie déserte,
Mais dans l’air, des mouettes par centaines,
Nuages blancs effleurant la Seine.

Sur le quai, le garçonnet, c’est toi.
Au temps sombre nazi, ce fut moi,
Courant sur les gros pavés brillants,
Vers les oiseaux peureux et fuyants.

Arthur, l’enfant poète, revient.
Massacrés, il n’y a plus d’Indiens.
Perdu au lointain, ton bateau ivre,
Que nulle personne ne délivre.

Avec l’expansion économique,
Rien d’impossible, tout est magique.
Retirées les deux îles d’ici,
Voie élargie, Seine rétrécie.

Marins, vous qui passez sans tout voir,
À quand le jour sans un au revoir ?
Emporté dans votre blanc sillage,
J’irai jusqu’à l’ultime rivage.