Questions à poser aux candidats

par  P. SIMON
Publication : mars 1978
Mise en ligne : 28 août 2008

LA campagne électorale offre une occasion unique d’obliger les politiciens à reconnaître l’insuffisance de leur programme et les contradictions dont il est farci. A cet effet, voici quelques questions précises qu’il faut leur poser :

A TOUS LES CANDIDATS

I.- Estimez-vous normal un état de choses qui laisse 2 millions de Français dans la misère (J, faute de pouvoir d’achat, alors que la production est si abondante que les magasins regorgent de marchandises, qu’on « assainit » les marchés agricoles, et que des milliers de travailleurs sont obliges de se croiser les bras ?
S’il vous répond qu’une croissance forte est nécessaire et que seul un essor industriel vigoureux peut assurer à la France le maintien et le développement du niveau de vie, l’amélioration de l’emploi, faites lui remarquer qu’il est absurde d’inviter les industriels à produire davantage alors qu’ils sont incapables de vendre ce qu’ils ont déjà produit.
II.- Pourquoi les Français ne sont-ils pas capables d’acheter ce qu’ils sont capables de produire ? Est-ce que cela ne choque pas le simple bon sens ? Alors que proposez-vous pour en finir avec cette contradiction stupide ?
III. - Pourquoi les Français ne sont-ils pas capables de «  financer » ce qu’ils sont capables de produire ?
Donner ici l’exemple d’une mdnicipalité qui voudrait construire une école, ou un hôpital, ou des logements. Pour exécuter ces travaux urgents tout est à pied d’oeuvre : matériaux, outillages, techniciens et travailleurs. Pourquoi la municipalité est- elle obligée de renoncer à ces travaux ou tout au moins de les ajourner, sous prétexte qu’elle manque d’argent  ?
Qui fabrique les crédits ? L’argent n’est aujourd’hui que du papier (billets de banque) et des
écritures (monnaie bancaire). Qui a donc le droit de fabriquer cet argent selon son bon plaisir en exigeant qu’on lui en rembourse davantage ?
IV.- Notre système financier nous empêche à la fois de produire et de consommer, quelles réformes proposez-vous de faire ?

AUX DEPUTES SORTANTS QUI ONT FAIT PARTIE DE LA MAJORITE

I.- Le gouvernement que vous avez soutenu de vos votes (parfois sans enthousiasme) s’est vanté d’avoir fait reculer le chômage. C’est la preuve que son « plan de redressement  » a été couronné de succès. En même temps, il entend développer la productivité qui diminue le nombre des emplois. A quel moment parle-t-il sérieusement  ?
II. - N’avez-vous pas autorisé le gouvernement à prendre des milliards dans nos poches pour subventionner l’exportation à bas prix ou à crédit bon marché de produits que les Français n’ont pas les moyens d’acheter ?
III.- Comment trouver des débouchés chez les autres quand les autres se plaignent aussi d’en manquer ? Comment ferez-vous communiquer des vases qui débordent ? Que coûtent chaque année les organismes du Marché Commun aux contribuables français  ?
IV.- Pourquoi plus les produits se vendent mal, plus leurs prix montent  !

AUX CANDIDATS DE LA GAUCHE

I.- En quoi votre programme se différencie-t-il fondamentalement de celui des candidats de droite ?
II. - Si vous entendez augmenter les salaires, quelles mesures prendrez-vous pour que cette augmentation ne soit pas incorporée dans le prix de vente ? donc pour qu’elle n’augmente pas le prix de la vie ?

(*) Voir « Le Monde » du 17 novembre 1977 : « Le quart- monde en France : deux millions de personnes ».