Remember : souviens-toi

par  E. BARREAU
Publication : novembre 1976
Mise en ligne : 12 mars 2008

Novembre n’est-il pas avant tout le mois du souvenir  ?
Avec sa Toussaint, lourde de regrets, de souvenirs, de chagrins, ne représente-t-il pas la détresse humaine dans sa poignante réalité ? Quelques jours avant cette date, les cimetières s’animent d’une façon inhabituelle. Ils sont envahis par une foule silencieuse et recueillie, mais active : qui n’a pas un tertre à entretenir ? une pierre à rafraîchir ? Le chrysanthème, le dalhia, l’humble pensée, font d’un champ de repos un merveilleux champ de fleurs.
L’homme doué de raison peut-il oublier qu’il n’est physiologiquement que l’égal de ses semblables et cela, de la naissance au trépas  ? Si l’égalité existe dans les extrêmes, ne doit-elle pas exister dans les moyens : ce court espace de temps qu’est la vie  ?
Utopie, l’égalité économique ? L’estomac d’un riche est-il fabriqué différemment de celui d’un pauvre ?
Au lieu de s’acharner à détruire des denrées de première nécessité, à empêcher d’en produire, ne serait-il pas préférable de les distribuer  ?
En s’accrochant à la monnaie-profit, à la monnaie spéculative, synonyme d’injustice, de haine, de violence, l’homme tourne le dos à l’avènement d’une société plus juste, humainement plus généreuse, plus fraternelle.
La monnaie ne doit être qu’un simple moyen d’échange, sans plus. Elle doit s’annuler au premier service, comme un ticket de métro, un timbre qu’on oblitère sur l’enveloppe.
Est-ce donc plus difficile d’attaquer ce problème qui intéresse chacun de nous, que d’aller explorer l’univers ?
Messieurs les économistes, serait-ce désobligeant de vous demander de bien vouloir étudier sérieusement ce problème  ? Tout le reste a été essayé, sans aucun succès  : la monnaie ne doit pas être un mythe au service d’une classe, elle doit être au service de l’homme, de tous les hommes, et ceci sans restriction.
Les coffres-forts sont généralement dans les banques, en a-t-on vu autour des corbillards ?

N.D.L.R. - Il existe un proverbe anglais : «  the last garment is made without pocket », qui se traduit par : « le dernier vêtement est fait sans poche ».