Remontons à la source…

par  M.-L. DUBOIN
Publication : juillet 2015
Mise en ligne : 26 octobre 2015

Pour les lecteurs récents, rappelons que le titre originel de notre journal est La Grande Relève de l’Homme par la Science, parce qu’il est né du constat que Jacques Duboin, dès 1932, faisait dans son livre La Grande Relève de l’Homme par la Machine [*] : des machines sont désormais en mesure d’éviter à l’Homme d’épuiser l’essentiel de ses forces pour fabriquer ce dont il a besoin. Mon père qui, avec les poilus dans les tranchées de Verdun, avait vécu la “relève” comme une délivrance, voulait montrer que la “grande relève” pouvait être une véritable Libération* pour les travailleurs. En fondant ce journal, il lui donnait donc pour objectif de montrer qu’on ne peut plus condamner tout le monde à travailler et le plus possible, sous peine de n’avoir pas de quoi vivre. Ses rédacteurs se sont donc attachés à montrer que Nous faisons fausse route [*] en continuant à suivre les principes de l’économie classique, qui ont été conçus pour développer la production industrielle au XIXéme siècle. Il s’agissait pour eux d’expliquer que La grande révolution qui vient [*] ne serait une voie heureuse pour l’humanité que si celle-ci prenait pleinement conscience que c’est une véritable mutation qu’elle vivait, au point d’avoir la sagesse de comprendre qu’il lui fallait par conséquent adapter son organisation économique aux possibilités qui s’ouvraient.

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Observant que les titres des journaux ne comportent habituellement qu’un ou deux mots, nous n’avons gardé que La Grande Relève, espérant que cette abréviation n’en affecterait pas le sens. Quelques abonnés de longue date nous l’ont alors reproché. Ils estimaient qu’il est important de rappeler en permanence l’idée à qui a suscité la création du journal. Ce qui nous a conduits à rédiger un résumé de notre démarche, qui est toujours disponible. Mais quatre pages ne suffisent pas à montrer tous les aspects d’une réflexion qui a fait l’originalité non seulement du journal, mais de tout un mouvement de pensée qui a attiré des milliers et des milliers de personnes, avant et après la seconde guerre mondiale et qui débouche sur des propositions désignées par des termes divers, tels que : économie distributive, socialisme distributif, abondancisme, socialisme de l’abondance, démocratie économique, etc, … qui vont à contre-courant de la pensée dominante ! Vraiment très dominante, hélas … Et pourtant elle tourne, affirmait Galilée. En reprenant le fil des réflexions de notre mouvement de pensée (je le fais, brièvement, ci-après), en le confrontant avec l’évolution des faits au cours des 80 ans d’existence de notre mensuel, on ne peut que constater à quel point Jacques Duboin avait raison d’avertir, dès 1931, Nous faisons fausse route ! Et qu’il ne s’est pas trompé en annonçant, en 1934, La grande révolution qui vient. Ne cherchons pas à deviner ce qui se serait passé si on avait alors suivi la voie qu’il indiquait. Cela ne servirait à rien, car avec des si…

La réalité, c’est que nous sommes en train de vivre une bien plus grande révolution que celle qu’il avait vu venir, que les moyens modernes la rendent beaucoup plus violente, et que ses conséquences s’annoncent encore plus catastrophiques, non seulement pour l’avenir de toute l’humanité, mais aussi pour la planète.

Cette réalité est devenue tellement évidente aujourd’hui que notre journal est loin d’être le seul à la décrire et à dénoncer ses effets aussi prévisibles que révoltants. Ce qui n’empêche toujours pas les responsables politiques d’affirmer que le salut est dans la croissance quelles qu’en soient les conséquences, ni les économistes qui les conseillent de prétendre qu’il faut aider les entreprises privées à être compétitives en “innovant” dans n’importe quel sens, ni les syndicalistes de réclamer des emplois, sans dire pour quoi faire, ni les financiers d’affirmer qu’une dette souveraine doit être payée avec intérêts, sans regarder à qui ou à quoi elle a servi, ni des scientifiques inconscients d’annoncer qu’ils vont faire des miracles sans se préoccuper des conséquences sociales des applications qui pourront être faites de leurs inventions.

Étant basées sur l’abolition du salariat et sur le remplacement de la monnaie de dette actuelle par une monnaie distributive, nos propositions ne suivent aucune de ces voies.

Plus que jamais, c’est le moment de montrer que la route indiquée par Duboin permet d’échapper à ces impasses.


[*Ces expressions en italiques sont les titres de livres publiés par Jacques Duboin