Sainte-Anne des ondes au bûcher

par  P.-N. ARMAND
Publication : juillet 1978
Mise en ligne : 3 septembre 2008

IL ne faut jamais désespérer de la canaillerie capitaliste. Cette saloperie est capable de belles prouesses !
Une des toutes dernières est d’avoir épinglé à son palmarès une jolie brune douée d’un tempérament éruptif.
Depuis sept ans on écoute sur « France-Inter » cet ange exterminateur qui a nom Anne Gaillard.
Armée de la foudre radiophonique, elle transperce à coups de micros vengeurs tout ce qui grouille, magouille et tripatouille en tous temps et en tous lieux.
Sainte-Anne des Ondes a mis k.-o. technique : la fripouillerie des contrats d’assurance imprimés de façon microscopique, le mic-mac des voitures neuves payables au prix du jour de livraison (au lieu de celui de la commande), le décryptage de la datation des conserves Champollion, les colorants alimentaires, l’exploitation des «  nègres » pour écrire des bouquins, pour ne citer que ses plus remarquables résultats.
Bien sûr, cette hécatombe ne s’est pas produite sans douleurs. « Radio-France » lui doit quelques procès. Heureusement tous gagnés. Mais plaidez, plaidez, il en restera toujours quelque chose ! En Correctionnelle, sept ans écoulés, tout le monde confond le nom de la victime avec celle du délinquant.
Bref, les tenants du Veau d’or joufflu, les crapauds nocturnes, fédérés aux cloportes caverneux, sont parvenus à leurs fins. Désormais, la faune des marécages pourra maquiller tranquillement. A la rigueur, on trouvera à Anne Gaillard un strapontin et on lui procurera un éditeur (régulier) pour son livre : «  Un combat perdu d’avance ? ». Un titre sans illusion. Le principal c’est qu’elle ne vitupère plus, le micro entre les dents.
Que l’on continue à jouer au bonneteau économico-financier en toute sérénité. Ce n’est pas le Service de la répression des fraudes qui assurera la Grande Relève d’Anne Gaillard.