Sale temps avec éclaircie

par  M.-L. DUBOIN
Publication : février 2001
Mise en ligne : 2 décembre 2008

Voir mourir une amie de toujours et apprendre de tous nos collaborateurs réguliers, l’un après l’autre [1], qu’ils ont à faire face à une maladie, souvent grave, n’inspirent pas à composer un numéro plein de gaieté et d’optimisme. Surtout quand, dans le même temps, le fils de la CIA est investi du pouvoir suprême dans le pays le plus puissant du monde, qu’il se prépare à donner un nouvel élan à la course mondiale aux armements et ne se décidera à s’inquiéter des dangers de l’effet de serre que lorsque l’océan aura envahi le Texas. Dans ces conditions, savoir que la Californie subit d’importantes coupures de courant parce que la gestion en a été vendue aux intérêts privés fait à peine sourire…

Pourtant, si quelques abonnés nous ont écrit qu’ils sont trop âgés pour lire, tous nous encouragent à continuer. Beaucoup de lecteurs nous ont envoyé, et nous tenons à les en remercier vivement ici, des vœux très chaleureux et de vifs encouragements, souvent accompagnés d’une participation à la souscription “pour que vive La Grande Relève”. Il n’empêche que nous n’avons pratiquement reçu aucune contribution à l’enquête que nous leur suggérions de mener pour dénoncer les effets pratiques, pour eux-mêmes, de la privatisation, en cours, de la Poste.

Isolement, inertie, timidité [2] ? Ou conviction établie que cela ne sert à rien, qu’il est impossible de changer parce que le capitalisme a définitivement gagné ? Dans un climat déjà gris, voir si peu de lecteurs s’investir dans un combat qui, pourtant, les concerne au premier chef, avait donc de quoi décourager.

Mais nous avons reçu l’invitation de nous joindre à un nouveau réseau international, intitulé Démocratiser radicalement la démocratie [3] (RDM). Preuve de plus que l’opinion bouge, qu’il y a beaucoup de gens qui comprennent qu’il leur appartient de faire changer la société, cette annonce s’ajoutait aux informations que nous recevions sur le Forum de Porto Alegre, le contre Davos qui promet de ne pas se contenter de contester, ni seulement essayer de résister à la mondialisation libérale, mais (enfin !) d’élaborer entre citoyens et à ce seul titre, les fondements de l’autre monde qui est possible.

Nous ne serons pas à Porto Alegre pour ce premier Forum social, mais il y en aura d’autres. L’important est d’être en contact, d’y participer même à distance, et pas seulement pour faire (enfin !) connaître nos réflexions, mais aussi pour être informés de celles des autres et de leurs expériences.

Par exemple, à cette réunion du réseau RDM, nous avons trouvé beaucoup d’informations sur la façon dont la population de Porto Alegre participe depuis douze ans, activement, sérieusement, officiellement, au budget de la ville. N’est-ce pas la meilleure réponse à ceux qui prétendent qu’il est impossible de faire participer la population à des conseils économiques et sociaux ?

Autrement dit, les citoyens s’interrogent et leurs yeux s’ouvrent. Nouvelle raison pour inciter nos lecteurs à participer à nos réflexions, débats et enquêtes, à en tirer parti en diffusant nos informations ou témoignages et en contribuant à tous ces mouvements de recherche collective. Nos propositions sont valables, défendables et elles sont nécessaires pour construire l’alternative à la dictature des marchés. Le vent tourne, c’est le moment de les faire connaître…


[1Il est remarquable que si tous sont atteints dans leurs moyens physiques, pas un ne perd la volonté de continuer à agir en collaborant au journal.

[2ce que suggère le fait que si peu de lecteurs osent prendre leur plume pour nous composer un article apportant leur témoignage, leurs réflexions ou leur expérience.

[3contact : J-B Picheral, 3 impasse des fleurs, 59240 Dunkerque..