Silences

par  R. MOURIN
Publication : janvier 2018
Mise en ligne : 17 avril 2018

Un autre fidèle “distributiste”, Rémy Mourin, a composé pour les lecteurs de La Grande Relève ce qu’il appelle un poème en prose. Le voici :

Faites silence mes frères singes
Une main sur la bouche,
Un doigt dans chaque oreille.
Soyez heureux sans l’entendre
Car la terre tourne en grinçant
Du bruit des êtres qui souffrent.

Faites silence, jeunes apprentis,
Ecoutez méthodes et consignes.
Peut-être parlerez vous plus tard,
Après le formatage social 
Qui vous ouvrira un horizon,
Un avenir sous parenthèses ?

Faites silence, compagnons,
Usez patiemment votre pierre.
La main posée sur votre dos
Caresse vos fières douleurs.
Taillez, c’est pour la cathédrale.
Puis un court instant, mais debout,
Hurlez ces mots : “Gloire au travail” !
Puis reprenez vos chers ciseaux
Et tapez pour le père et ses fils.
Le ciel, promis, vous le rendra !

Ouvriers, cernés de robots,
Pour votre bien, ils avancent  ?
Plutôt, ils observent vos mains,
En répétitions éprouvantes.
Ils copient et n’ont qu’un but
Pour améliorer la cadence,
Celui de prendre votre place.
Seuls, dans leur mécanique,
Ils méprisent vos angoisses
Travailleurs, faites silence  !

Ça et là, enfants voués à la peine,
Pour aider leurs familles pauvres,
Et de force, parfois, tirés d’elles !
Vous, jeunes africains agiles,
Grimpez et cueillez en silence
Les bogues de mes cacaoyers
Ou bien : Vous, petites chinoises,
Vos adroites mains font merveille
En silence, dans la chaîne d’IPhone.

Soldats, sous vos morions
Tous les casques se valent…
Faites silence, l’œil de côté
Du pouvoir vous observe, admire,
Si belle est votre haie d’honneur !
Maintenant, claquez des talons
Et puis courez en chantant.
Là c’est permis et très fort,
Où sont tombés vos pères
N’êtes vous pas gladiateurs ?
Plutôt, ils observent vos mains
Au service de la large finance,
En répétitions éprouvantes.
De bénis ou maudits “pétroleurs”.

Eh bien, confiant Confucius,
Tu voulais faire des êtres sages,
Aurais-tu fait des esclaves 
Que l’on appelle prolétaires,
Parfois défenseurs, ou militaires ?

Des aveugles, des sourds, des muets
Beaucoup se sont si bien soumis !
Faut-il en force prendre leurs mains ?
Leur dire : arrachez vos bandeaux ?
Arrachez les et puis criez ! Criez
Votre soif de libre et vraie jouissance.
Montrez alors votre réelle puissance
Vous retrouverez joies et fierté méritée.
Le bruyant Monde fera le silence,
À son tour, pour enfin vous écouter !

Espoir vain dis-tu , Philosophe Confucius ? 
Nous lirons encore tes écrits de sagesse.
Mais sache, pourtant, que de l’inversion
Certains de tes dits sages “singés“ préceptes,
Si présents : “Ne rien entendre, voir et dire”
Naîtront : Oui ! avec une énergie libératrice
Demain, l’attendue libération de la Parole
Et la maîtrise de ce qui se nomme “Progrès”,
Pour un triomphant devenir de l’HOMME.