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Sous-alimentation et pauvreté en Afrique

La nécessaire adaptation des politiques agricoles
par  P. VINCENT
Publication : avril 2002
Mise en ligne : 21 janvier 2007

Le document qui suit nous a été transmis par Paul Vincent et résume une conférence du Pr. Marcel MAZOYER, de l’Institut National Agronomique Paris-Grignon, qui fut élève de René Dumont (lequel soutint jadis J.Duboin). Il a été publié par SOS Sahel, une ONG qui s’active à creuser des puits au Sahel, y édifier des mini-barrages, y mettre en place des systèmes d’irrigation et développer des cultures maraîchères pour les populations locales.

Le monde compte 1,3 milliard de paysans. 500 millions d’entre eux pratiquent encore une agriculture manuelle sans aucun encadrement technique. Ils ne sont que 30 millions à pratiquer l’agriculture industrielle la plus poussée. Un paysan pratiquant l’agriculture manuelle ne peut exploiter seul plus d’un hectare, sur lequel il récoltera en moyenne 10 quintaux de céréales (pas plus qu’il y a un siècle).

À l’autre extrémité, des producteurs céréaliers pratiquant l’agriculture intensive peuvent cultiver individuellement 200 hectares et obtenir des rendements de 100 quintaux, c’est-à-dire que leur productivité atteint 2.000 fois celle du paysan précédent.

En dépit de cette importante population agricole, et des résultats mirifiques de certains, la faim toucherait encore 800 millions à un milliard d’individus dont les ressources sont inférieures à 2 $ par jour. L’amélioration de la productivité et de la production globale ont permis une baisse (du point de vue du consommateur) ou une chute (du point de vue des producteurs) des prix agricoles. En francs constants, le prix du blé a été divisé par 6 en 50 ans. Et la tendance a été la même pour les autres céréales et produits d’exportation des pays du Sud : café, cacao, etc.

Chez nous, cette situation a divisé par 10, en un siècle, le nombre des exploitations agricoles et libéré un excédent de maind’oeuvre qui a pu participer à la croissance industrielle.

Mais non contents de se défendre contre la concurrence des pays dont la main d’oeuvre est bon marché, les pays les plus évolués vont faire concurrence chez eux à l’agriculture locale. C’est ainsi qu’à Dakar, le riz importé est moins cher que le riz domestique. N’ayant pas les moyens d’améliorer leur productivité, les paysans émigrent vers les villes où ils sont un facteur de baisse généralisée des salaires et de déstabilisation.

Pour éviter une paupérisation de l’économie à l’échelle mondiale, il faut mettre en place des marchés régionaux afin de rééquilibrer les prix agricoles et protéger les États des importations à prix trop faibles.

Pour permettre la survie des paysans les plus pauvres, il faut une réelle solidarité internationale, une recomposition foncière, et des efforts de recherche de productivité dont ils puissent bénéficier.