Sur la C.E.E.

par  R. JALLIFIER-VERNE
Publication : juin 1986
Mise en ligne : 24 juin 2009

Le déclin des impérialismes ouesteuropéen est général. « L’Europe industrielle est-elle encore compétitive ? « demande une publication spécialisée  : Actualité industrielle, économique et sociale, qui répondait ainsi : « Si la communauté n’avait pas enregistré d’aussi bons résultats dans les exportations agroindustrielles et celles des matières premières, sa performance globale aurait été beaucoup plus mauvaise. Pour l’ensemble des produits manufacturés, son industrie a perdu du terrain par rapport au Japon et aux Etats-Unis. La communauté ne s’affirme comme leader dynamique dans aucun secteur. »
Pourquoi ?
Parce qu’un système monétaire est à l’image du système économique. Il ne peut y avoir intégration monétaire là où il n’y a pas intégration économique. La seule forme « d’unification » proposée par la C.E.E. est celle qui se réalise sous le talon de fer des U.S.A., écrasant non seulement la classe ouvrière et la paysannerie mais aussi accentuant le fossé entre C.E.E. et U.S.A., entre R.F.A. et le reste de la C.E.E... Voilà pourquoi c’est directement dans le cadre des relations monétaires internationales que se règle le cours de chaque monnaie et que, par exemple, la crise de la lire italienne, l’été dernier, loin d’être contenue par la S.M.E. (système monétaire européen), a constitué un facteur de crise pour ce dernier.
Nous sommes à présent placés face à une réalité en apparence contradictoire. D’un côté, l’Europe ne peut se construire dans le cadre de la C.E.E., qui consomme la division de l’Europe en deux et qui vit toutes les convulsions du système impérialiste dans sa période de déclin, et dans ses épicentres de déclin impérialiste. D’un autre côté, et précisément en rapport avec cette situation, il est incontestable que le rôle de la C.E.E., rôle dans lequel la présidence politique d’un Delors prend toute sa signification, ne fait que se renforcer. Bruxelles (qui n’en peut rien) est devenue le « quartier général » d’où s’ordonnent, dans leurs grandes lignes, mais aussi dans leurs détails, tous les plans meurtriers contre la classe ouvrière et la paysannerie de chacun des pays de la C.E.E.
Il est significatif, que, chaque jour davantage, la C.E.E. s’immisce dans le détail de la définition des politiques à mettre en oeuvre dans chaque pays. Ainsi, cette recommandation typiquement corporatiste, enjoignant aux gouvernements, pour lutter contre le chômage, que gouvernements, travailleurs et patrons « travaillent ensemble de manière permanente ». Ainsi le programme d’action de 60 millions de dollars adopté l’été dernier dans le but d’organiser la coopération université-industrie dans l’ensemble de la C.E.E. Ainsi, encore, ce rapport économique annuel de la commission européenne, examinant la situation de chaque pays, dans lequel on relève que le gouvernement français doit « persévérer dans la rigueur », laquelle « n’implique pas seulement une évolution appropriée des salaires, mais aussi des ajustements d’effectifs parfois importants  »...
Naturellement, les conséquences de cette offensive d’ensemble se manifestent de façon différenciée, en relation avec la puissance relative de chaque bourgeoisie. Ainsi, il est évident que, de tous les pays qui composent la C.E.E., la R.F.A. est celui qui préserve le mieux sa position dominante (relative, car dans le cadre de la domination du capital U.S. sur l’Europe et la R.F.A.).
Nous ne sommes donc pas près de voir la « sortie du tunnel  ».
De l’extrême droite à l’extrême gauche, comment allons-nous résorber l’inquiétant chômage, moderne fléau de l’économie actuelle ?
Et si on changeait ?
Partager le travail entre tous ? Certainement. Mais partager aussi entre tous, les richesses produites, que ce soit par les hommes ou par les robots.
Par l’économie distributive !