Survivre ou périr ensemble

par  F. FOULON
Publication : avril 1982
Mise en ligne : 13 janvier 2009

DEPUIS la grande crise économique de 1929, c’est-à-dire depuis que la mécanisation, l’automation, l’électronique prennent la relève des travailleurs en usine comme au bureau, la recherche d’un emploi est devenue un problème et le plein-emploi, un faux problème. La prétention de survivre grâce aux 39 h/semaine conduit inévitablement à la fabrication d’une production inutile, dangereuse, mais rentable, comme tout particulièrement les armements de guerre. Pour justifier leur nécessité, il suffit de créer ou d’attiser des situations conflictuelles, ce qui, en raison de la puissance pénétrante des médias et de la crédulité des foules, n’offre guère de difficultés majeures. Rien ne sert d’aller loin pour le prouver.
Quoiqu’une guerre atomique soit impensable parce qu’aucun homme d’Etat ne se sent disposé à être exposé aux mêmes risques que le derniers de ses troufions, on n’en respire pas moins, partout, une atmosphère de malaise. Il flotte dans l’air une inquiétude indéfinissable, comme à l’approche d’un séisme.
A partir du chaos de notre société, chacun voudrait voir apparaître les prémices d’une nouvelle organisation du monde. Pour qu’il en soit ainsi, force nous est d’abord de comprendre les questions insolites qui nous assaillent, d’en mesurer la profondeur, de découvrir les réponses écologiques qu’elles exigent.
Hélas, nous sommes dépassés par l’accélération de la révolution technologique dont foisonnent les exemples d’effets négatifs :
- pollutions mutispécifiques (rivières, mers, atmosphère)  ;
- menaces d’altération du climat entraînant la fonte des glaces polaires ;
- croissance effrénée des populations pauvres dont une moitié meurt de faim ;
- élimination définitive d’espèces animales sauvages, tarissant, dans le Tiers-Monde, la source de protéines riches, à la fois nourrissantes et régulatrices de la fécondité féminine (2) ;
- scalp démentiel de la couverture végétale, plus spécialement forestière, réduisant le libération d’oxygène par le mécanisme de la photosynthèse  ;
- Exploitation du Sud famélique par le Nord pléthorique, cupide, impitoyable.
L’addition et l’enchaînement de ces agressions volontaires contre la Nature conduisent à la destruction de notre biosphère, c’est-àdire, l’espace planétaire au sein duquel, par une succession de hasards prodigieux, se sont trouvé réunies toutes les conditions propres à l’apparition de la vie, où celle-ci s’est développée, transformée et se perpétuerait en se perfectionnant pendant des centaines de siècles, si l’ogre capitalisteindustriel, égoïste, ignorant, obsédé par l’ambition de s’enrichir, cessait de démolir, un à un, les rouages fragiles des équilibres que la Nature - pour d’autres la Providence - a mis des milliards d’années à construire.
Le temps nous reste-t-il et disposons-nous des moyens pour mettre ces rapaces humains dans l’incapacité de poursuivre leur oeuvre de mort ? Pourrons-nous sauver la vie de notre merveilleux petit vaisseau spatial, perdu dans le Cosmos ? A ces questions ma réponse : est  : Oui !!
Cette brève synthèse devrait se dégager de la lecture de mon livre, à la condition que j’aie réussi à associer mes lecteurs à l’impératif d’un renouvellement de nos principes et de nos valeurs, à une manière neuve de penser et d’agir, à l’avènement d’une philosophie qu’Aurelio PECCEI appelle Nouvel Humanisme et d’un système économique que Jacques DUBOIN a appelé Socialisme Distributif.

(1) C’est le titre nouveau de la 2e édition de mon livre «  Un Ecologiste accuse ».
(2) Dans son livre La Géopolitique de la Faim (1971), Josué de CASTRO fait la démonstration médicale d’une fécondité accrue par manque de protéines animales.