Une banque mondiale et populaire ?

par  L. GOHIN
Publication : octobre 1998
Mise en ligne : 20 juin 2008

Les idées librement exprimées ici par Djémil Kessous, sous le titre Une banque mondiale et populaire ? dans notre N°978 a soulevé beaucoup d’objections. Voici cette fois celle de Louis Gohin :

Une banque mondiale et populaire ? Il existe une banque mondiale et avec elle, la mondialisation de l’économie... bref, ce que les pseudo spécialistes nomment la loi du marché. Une seule banque impliquerait qu’il n’y a sur la planète qu’un seul peuple, un mode de vie uniforme. Par ailleurs les peuples en seraient très éloignés et il leur serait quasiment impossible d’intervenir de manière coordonnée sur sa gestion. La banque mondiale risquerait fort de tomber entre les mains de quelques “experts” copie conforme de ceux qui gèrent l’actuel FMI. Nous sommes pour le fédéralisme par delà les frontières sans omettre le fait identitaire. D. Kessous admet que « le pouvoir d’émission est tombé entre les mains de la grande communauté capitaliste internationale  ». Sincèrement, ce qui suit en est la contradiction- même en affirmant que “l’argent s’est démocratisé”...mais où ? et comment ? Les banques émettent de la monnaie scripturale. Cela ne signifie nullement que la monnaie se soit démocratisée, même si elle existe dans le porte-monnaie des contribuables. De tout temps il y a eu un étalon d’échange. Il faut même remonter à l’antiquité. Cet argent n’était qu’un élément d’échange. Que Kessous nous apporte la preuve tangible de la démocratisation de l’argent.

Je relève dans ce texte ce genre d’affirmations : « à présent presque toutes les grandes devises ont un cours libre ». Merveilleuses spéculations boursières qui permettent à une minorité de s’enrichir, alors que la majorité des gens du globe est, soit en état de survie, ou en chômage ou s’adonne à la guerre... parce que la guerre, pour les dirigeant, est un moyen d’évacuer les crises sociales. Et sous cette diversité se cache désormais une seule réalité planétaire, la mondialisation. « Il existe de facto, une monnaie mondiale, unique, universelle, qui ne demande qu’à naître officiellement »... donc il faut parler du dollar qui est indexé sur la planche à billets. C’est une monnaie fragile malgré les apparences, parce que d’autres monnaies concurrentes en Asie, puis en Europe, peuvent tomber dans un gigantesque krach...où sera donc cette « monnaie universelle » ? Naîtra-t-elle alors d’un coup de baguette magique ? Il faut faire preuve de réalisme, il est un fait que ce krach peut déboucher sur un “grand vide” au niveau des institutions et de la vie sociale. Je suis étonné que D.Kessous qui est, en principe, distributiste, n’abonde pas dans ce sens... ou alors qu’il nous dise ses conceptions précises sans se perdre dans l’énoncé de belles théories… Certes, je reconnais qu’il présente son texte avec conviction, mais ce n’est pas suffisant. « Faire naître une réalité humaine qui soit réellement planétaire, universaliste  ». Universaliste, est défini selon le dictionnaire : relatif au monde tout entier, à tous les hommes. Opinion qui ne reconnaît d’autre autorité que le consentement universel.

En tant que libertaire, et cela est différent, je ne vois que dans l’autogestion et le fédéralisme les clés de la société humaine future. Malheureusement nous en sommes loin. L’universalisme est une conception imprécise de la société. Elle englobe même des opinions diamétralement opposées par une forme de compromis qui, un jour ou l’autre, redonnera jour à une société hiérarchisée. Il convient donc de ne pas accoler au terme “libertaire” celui de “universaliste”. D.Kessous est citoyen du monde, je n’ai pas à porter de jugement à ce sujet au nom de la liberté d’opinion, religieuse ou politique. Je suis tout à fait d’accord pour l’abandon des souverainetés nationales, qui reste nécessaire par l’évolution du mouvement réel de l’histoire universelle. Là non plus, je n’abonde pas dans ce sens parce que l’évolution se traduit par la mondialisation économique, le processus de concentration du capital, la constitution d’oligarchies capitalistes mondiales. La puissance des États renaît, non pas en réaction à ces processus, mais tout simplement parce que les capitalistes mondiaux ont besoin des États en tant qu’organismes pour protéger leurs profits. Les États existent, en conséquence, mais sans être investis de la souveraineté du temps jadis. Les lecteurs, je pense, aimeraient savoir ce que signifie “la subsidiarité” [1]. En conclusion, la monnaie distributive devrait être fonction de la demande et de l’offre. L’informatique apporterait au consommateur les données économiques lui permettant de juger et décider en connaissance de cause.


[1NDLR : Subsidiarité est un terme beaucoup employé de nos jours et dont nous avons déjà rappelé le sens. Il s’agit de veiller à ce que les décisions soient prises à l’échelon le plus bas possible, et non pas imposées par un pouvoir hiérarchique alors qu’aucune utilité ne le justifie.