Une interview indécente sur la "France paresseuse"

par  A. PRIME
Publication : juin 1987
Mise en ligne : 20 juillet 2009

Un certain Monsieur Scherrer va faire paraître un livre sous ce titre provocant (il faut bien vendre !). Le "Nouvel Obs" a interviewé différents "économistes" ou patrons. Nous retiendrons l’interview de François de Closets et Alain Minc.

" F. de Closets : "Dans la réalité, celui qui fait 39 heures effectives payées même modestement, mais 39 heures, celui-là créé du chômage, et le forcené, l’obsédé, qui est surproductif, 45 heures par semaine, celui-là créé des emplois, c’est la volonté qu’il faut marteler. En revanche, la réduction du temps de travail ne doit pas être considérée en soi sous l’angle d’un progrès social. Elle doit être très précisément liée à des gains de productivité".

M. de Closets ignore-t-il que les gains de productivité depuis plus de 10 ans, ont généré 3 millions de chômeurs sans baisse de ’la production ? Décidément, il retarde...
Il poursuit : "C’est tout à fait clair, la réduction du travail s’accompagne d’une réduction de salaire".

" Alain Minc : "Tout à fait d’accord. Je dirai même que si l’on veut réduire le chômage, il faut faire les 45 heures payées 40 et non pas les 35 payées 40 !".

On croit rêver. Et plus loin :
"Une bonne partie de nos attitudes à l’égard du travail, c’est d’abord le résultat de notre excès de pouvoir d’achat et de consommation depuis le début de ce qu’on a appelé à tort "la crise..." . Je crois qu’il faudrait tronquer entre 5 et 10 % du pouvoir d’achat des gens".

" F. de Closets lui fait écho : "Le problème c’est qu’effectivement la réduction considérable de la durée du travail, qui est intervenue depuis le début de la crise s’est accompagnée d’une augmentation constante du pouvoir d’achat ; c’est çà qui ne colle pas".

Indécent, scandaleux, bête ? On aurait pu croire que de Closets ou Minc, jadis "teintés" d’idées de gauche, réputés intelligents, étaient capables de comprendre l’évolution fantastique de la Société. Comment osent-ils tenir de tels propos avec 3 millions de chômeurs dus à ce "qu’on appelle à tort la crise" ? Ce qui se passe en Allemagne (voir I.G. Metall) ne leur ouvre pas les yeux  ?

Il faut sans doute admettre que l’auteur de "Toujours Plus" qui a vendu près d’un million d’exemplaires de son livre totalement démagogique, bien fait pour plaire au Français moyen, est passé totalement de’ l’autre bord avec fric et bagages. De même que Minc, devenu bras droit de Bénédetti.