Utopies contre oppressions douces

par  J. AURIBAULT
Publication : novembre 2000
Mise en ligne : 26 mars 2009

L’esprit utopique ne demeure-t-il pas, au seuil du troisième millénaire, le seul rempart face aux idéocraties naissantes, fondées sur les “bienfaits ”de la “Nouvelle économie” ?

Jean-Pierre Le Goff, dans un livre [1] paru en 1999, concluait que « la barbarie douce » constituait « le point aveugle de la modernisation des entreprises et de l’école ». Selon lui, la “société globale” vers laquelle nous sommes entraînés, de gré ou de force, résulte du libéralisme économique aussi bien que d’une gauche moderniste qui gère les états sociaux-libéraux, en toute connaissance de cause. Les déclarations de Blair ou Schrœder sont claires à ce sujet, la formule de Jospin « oui à l’économie de marchés, non à la société de marché » demeure ambiguë… Le Goff a raison de souligner que cette dérive des démocraties occidentales trouve son origine dans le climat de décomposition culturelle qui règne depuis plus de vingt ans.

« N’utilise-t-on pas, aujourd’hui comme hier, la lassitude démocratique, la nausée devant le néant, la confusion devant le désordre comme prétextes pour une nouvelle situation historique d’exception, qui requiert un nouvel autoritarisme persuasif, unificateur des gens devenus clients et consommateurs d’un système, un marché, une répression centralisée. »
Manuel Vazquez Montalban

Cependant, je crois que le terme de “barbarie” appliqué à ces pays ne reflète pas tout à fait la réalité, plus fluide, et que “oppression” paraît mieux définir la situation. En revanche, il est flagrant que la barbarie sévit dans les pays extérieurs à l’Union européenne (Algérie, Afrique, Turquie, Moyen Orient…). Et cette barbarie, due aux régimes militaires ou dictatoriaux, en un mot totalitaires, résulte d’une néo-colonisation économique des pays riches, ceux du fameux G7 (dont la France fait partie !)

À l’abri des frontières de l’Europe, nos pays occidentaux connaissent une paix relative, par rapport au passé mouvementé. C’est pourquoi le climat délétère, qui s’instaure progressivement, incline plutôt à y déceler la montée d’une oppression douce.


[1La Barbarie douce. Jean-Pierre Le Goff, La Découverte.