Vers la percolation

Publication : décembre 1996
Mise en ligne : 3 décembre 2005

Pendant des années, et notamment pendant les Trente Glorieuses, on a pu espérer que, par le biais de “l’état-Providence”, arraché par de longues et courageuses luttes sociales, le capitalisme évoluait vers l’économie distributive. Mais, confronté à la baisse importante des profits, baisse due à l’abondance, le néolibéralisme a brutalement réagi, sous l’impulsion anglo-saxonne, par une déréglementation générale, la mondialisation des marchés et la réduction des budgets sociaux et des services. Le résultat est édifiant : chaque minute, le monde compte, en moyenne, 47 laissés-pour-compte de plus (25 millions de plus par an). Pourtant, quelques bonnes volontés, tentent, obstinément mais vainement, en cherchant des solutions à l’intérieur même du système, d’arrêter le processus hémorragique qui engendre cette misère galopante dans un monde riche. C’est ainsi que les sociaux-démocrates, les démocrates-chrétiens, les socialistes, proposent des politiques de redistribution destinées à corriger les effets les plus pervers du système. Mais, toutes ces politiques, quels que soient les gouvernements qui les ont mises en œuvre, ont été des échecs, comme le montrent à l’évidence l’augmentation croissante du chômage, l’extension de l’exclusion, l’invasion de la drogue, l’accroissement de la criminalité, la multiplication des conflits,...

Nous l’avons montré, il ne peut en être autrement parce que ces réformes ne s’attaquent qu’aux effets et non à la cause.

Comment en sortir ?

Il est de moins en moins probable que ce soit à l’issue d’un “grand soir”, qui verrait, comme par enchantement, les gens venir spontanément à une économie qui fasse de l’homme sa préoccupation principale.

Alors il faut sans relâche faire entendre notre voix de plus en plus fort, partout, auprès des média (malgré leur conditionnement par la “pensée unique”), auprès des hommes politiques, des clubs de réflexion, des associations au niveau local, régional, national, européen.

Sans leur présenter d’emblée l’économie distributive comme la panacée ou la condition sine qua non pour sortir de la crise, il faut en priorité convaincre que la monnaie n’est pas un tabou et qu’elle n’est pas régie par une loi fondamentale de la nature.

Nous ne sommes pas seuls dans ce combat de démystification. Tout récemment le livre de Nadine Forrester L’horreur économique” [1], qui connaît un très grand succès auprès du public, vient relayer notre action d’information. Sur le plan plus technique de la monnaie, il faut citer, bien que nous n’épousions pas l’ensemble de ses points de vue, le travail que fait l’association Chômage et monnaie [2], qui , obstinément, fait campagne auprès des hommes politiques, des responsables financiers, des journalistes pour leur faire comprendre qu’il faut « redonner aux autorités monétaires le pouvoir de battre monnaie qu’elles ont, dans notre pays, totalement perdu en 1973 ». Entre autres choses, l’association propose que, pour augmenter l’activité et diminuer ainsi le chômage, « la banque de France approvisionne suffisamment la monnaie en circulation ». Dans le même esprit, J-N Jeanneney demande au gouvernement de créditer sans condition chaque Français de 2.000 francs de façon à relancer la consommation, quitte à renouveler l’opération un peu plus tard, s’il le faut. En Espagne, des idées de ce genre ont déjà été avancées par Agusti Chalaux (Centre J.Bardinas, Barcelone).

Au plan local, un peu partout se développent des expériences d’économie parallèle, telles que les LETS en Grande Bretagne et au Canada, les SEL en France, des réseaux d’échanges réciproques de savoirs ... qui, le plus souvent sans aller jusqu’au bout de leur contestation, remettent en cause les règles du système dominant. La multiplication des initiatives de ce type, les réflexions que mènent des associations comme la Maison Grenelle, Europe 99, le Progrès pour l’Homme, les Périphériques vous parlent, et bien d’autres, sans oublier les actions entreprises au plan culturel, par exemple par le Théâtre 95 à Cergy Pontoise, ou par Ch.Delmotte en Belgique, témoignent de la grande percolation qui est en train de se préparer.


[1chez Fayard, 1996.

[226 rue de la Crête 17110 Saint-Georges de Didonne