Vraies et fausses contraintes de l’économie

par  P. VILA
Publication : décembre 1989
Mise en ligne : 15 avril 2009

En 1988 l’essor du commerce international a atteint 8,5 % en volume (évaluation GATT, mi-septembre 1989). Dans sa chronique du 19 septembre dernier (le Monde), Paul Fabra analyse cette reprise des imports-exports entre les grands fournisseurs mondiaux et leurs clients.
N’y aurait-il pas là l’indice d’une "sortie de crise"  ? C’est ce que contestent les modèles orthodoxes (sans doute parce qu’ils sont maintenant construits pour ne plus prévoir les "temps meilleurs" qu’ils nous ont régulièrement annoncés depuis 25 ans ?). Ces modèles prévoient un effet pervers du partage de la relance si le pouvoir consentait une injection de monnaie de consommation, car "celle-ci produirait un gonflement de nos importations" ; d’après ce schéma, une prime de 1.000F par fonctionnaire, correspondant à une dépense de 2,5 milliards de F, provoquerait un déficit de 1,75 milliards de F de notre balance commerciale. Paul Fabra intitule sa chronique "Contrainte extérieure et partage" très justement, et il pose bien ici - sans le dire - le problème de la transition entre le règne des banques et une économie libérée par un marché réaliste du crédit réel.
Cette contrainte sort tout droit du cours macro-orthodoxe version Professeur Raymond Barre, assénée aux élèves de gauche P. Mauroy, L. Fabius et M. Rocard... Thème des années 80 : "La rigueur scientifique et morale imposant son modèle économique au pouvoir de gauche"...
Il est vrai qu’en économie régie par le monopole bancaire, il n’est pas d’autre stratégie possible ; et nos petits héros premiers de la classe de droite, la tête farcie des B.D. de la zone Yen, rongent leur frein de ne pouvoir dès demain nous administrer la vraie rigueur.
La farce d’Ubu vainqueur des palotins sera-t-elle inversée ? Seul à lever le doigt, le Dr Paul Fabra : "Il existe beaucoup de circonstances où l’insuffisance de la capacité concurrentielle de l’appareil productif français n’est, en réalité, qu’un alibi pour expliquer le déficit extérieur et l’endettement supplémentaire qui s’ensuit". La reprise de production qui exige un délai non-nul d’investissement n’est rapide que dans les sociétés complètement intégrées à la rentabilité commerciale et à l’auto-investissement.
Cette maladie des guerres-éclair en économie est en passe d’engendrer la société duale du petit Professeur Alain Minc, et d’entraîner l’Occident à une japonisation prématurée. Le véritable fond du problème est ailleurs : les héros asiatiques mythifiés par nos droitistes primaires seront demain déphasés, tout comme les américains aujourd’hui, s’ils n’intègrent pas le crédit à leur économie d’une façon réaliste. Le phénomène révélateur à ce sujet est la dette de tous les "grands" pays industriels aux banques.
Si l’on observe le vieillissement dans l’initiative politique britannique sous la férule de Madame Thatcher, on constate que l’hyper-réaction au pouvoir bloquant des syndicats va redonner au monopole du crédit une pré-éminence destructrice des secteurs clés, santé et éducation, que la Grande-Bretagne avait su rénover vers le milieu du siècle.
La France et ses partenaires du Sud de l’Europe ont encore un goût du terroir et des arts qui l’accompagnent, y compris l’art de vivre ... A nous de trouver, avant que le moloch bancaire ne détruise notre patrimoine collectif, un système de crédit qui ré-instaure la paix en Europe. L’Europe, gibier unique dans la chasse au pouvoir planétaire, va-t-elle s’abandonner aux serres de velours du monopole bancaire ? Les discours tribaux de "Gauches contre Droites" de nos politiciens dépassés masquent encore à l’opinion le ressort profond de la guerre économique ; ils restent un alibi commode pour l’agresseur bancaire. En réalité le mal essentiel du monde moderne est très en amont des contraintes financières discutées par Paul Fabra.
Ici et maintenant, il nous faut engager deux voies de réformes complémentaires
- la création, en approfondissant tous les aspects du crédit réel que nous voulons substituer au crédit d’usure monopoliste des banques
- la protection, par des tactiques internationales capables de faire céder le pas par le pouvoir bancaire aux offices de crédit de l’économie future.