Si…

Publication : octobre 1995
Mise en ligne : 4 juin 2008

Jopetro et un quidam discutent.

D’abord, ce dernier imaginait que le droit de créer de l’argent, ces signes monétaires qui servent aux achats, revenait à l’État. Il croyait donc, comme tant de monde, que les banques ne font que prêter aux uns l’argent que d’autres leur ont confié.

Jopetro lui a expliqué que s’il en était ainsi, même en prêtant avec beaucoup d’intérêt, les banques seraient loin de pouvoir en vivre, et qu’en fait, elles ont un privilège incroyable. Celui d’abord, de s’approprier en toute légalité les sommes qui leur sont confiées. Puis, par un simple jeu d’écritures, celui d’ouvrir des crédits à qui bon leur semble et beaucoup plus qu’elles n’ont d’argent à leur actif. Autrement dit, de créer de l’argent ex nihilo.

Et si le gouvernement créait la monnaie au lieu d’abandonner ce privilège à des banques, que se passerait-il ?

Le quidam : — Sa monnaie ne serait sûrement pas reconnue par les autres pays !

Jopetro : — Mais ça ne ruinerait que des spéculateurs, pas les habitants du pays !

Le quidam : — Ça ferait de l’inflation dans le pays !

Jopetro : — La création sans intérêts de la part du gouvernement ne peut pas être plus inflationniste que la création avec intérêts de la part des banques privées !

Le quidam : — Oui, mais pendant la guerre on a fait marcher la planche à billets et on dit bien qu’il fallait une brouette de billets pour acheter un bout de pain !

Jopetro : —Peut-être, mais dans ce cas la cause de l’inflation était la pénurie, et non la planche à billets. Rien à voir avec la situation actuelle de surproduction !

Le quidam : — En tout cas, il y aurait des sanctions économiques de la part des autres pays…

Jopetro : — Actuellement, en l’absence de ces sanctions, il y a, d’une part, plus de 3 millions de chômeurs, un millions de RMIstes et de plus en plus de SDF. Et d’autre part, il y a surproduction. Tandis qu’avec l’argent créé par le gouvernement, les 5 à 6 millions de pauvres pourraient acheter la surproduction … ce qui du même coup résorberait le chômage. Donc, et ce malgré un blocus économique, la situation pour le pays ne pourrait être que meilleure ! On n’a rien à y perdre et tout à y gagner !

Le quidam : — Mais maintenant tout est mondial, on ne peut plus vivre en autarcie !

Jopetro : — Imagine un peu ce qu’on produirait si l’on supprimait jachères et quotas, et si tous les chômeurs travaillaient à plein temps dans l’industrie… il y a déjà surproduction ! Quant à ton truc mondial, les entreprises des autres pays peuvent très bien continuer à avoir des échanges commerciaux avec nous (quitte à désobéir à leurs gouvernements respectifs) car les capitalistes, justement, n’ont pas de patrie.

Le quidam : — Mais enfin, est-ce qu’un blocus ne pourrait pas nous faire manquer de certains matières premières ?

Jopetro : — Demande donc aux RMIstes et aux SDF si, déjà, ils ne manquent pas de certaines matières premières ?

Le quidam : — Mais les financiers sont très puissants ! On ne peut tout de même pas les affronter comme ça !

Jopetro : — Ils sont très puissants tant que nous dépendons d’eux pour obtenir des crédits. On peut les affronter en décidant que leur monnaie n’a plus cours légal chez nous !

Le quidam : — Et si ils arrivaient à pousser un autre pays à nous déclarer la guerre ?

Jopetro : — Ceci n’est qu’une hypothèse, alors que si ça continue comme ça, il y aura une guerre et ça c’est une certitude ! Alors, guerre pour guerre…

Le quidam : — Oui, mais on ne peut quand même pas nier que les capitaux fuiraient. Et ça, c’est embêtant, on l’a bien vu avec Mitterrand en 81 !

Jopetro : — A cette époque, Mitterrand aurait dû avoir le courage de créer sa propre monnaie. Qu’est-ce que ça peut bien faire que les capitaux fuient, à partir du moment où on décide que ces capitaux-là ne valent plus rien et que c’est notre monnaie qui vaut quelque chose ?

Le quidam : — Mais ça provoquerait un krach boursier épouvantable !

Jopetro : — Tant mieux ! Crevons la bulle spéculative une bonne fois pour toutes !

Le quidam : — Mais un chef d’État ne peut pas prendre seul une telle décision : il lui faut l’appui de la population, à la base !

Jopetro : — Donc, tu vois ce qu’il te reste à faire !

Le quidam : — Oui, mais quand même…

Jopetro : — Quand même quoi ? Hier tu étais persuadé que c’est le gouvernement qui crée la monnaie, et maintenant tu me dis que ce n’est pas possible… Alors ce que tu croyais tout à l’heure, tu penses maintenant que ce n’est pas possible ?