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par  M.-L. DUBOIN
Mise en ligne : 31 mars 2011

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L’horreur. C’est par centaines, peut-être même par milliers, qu’on dénombrera les morts de ces révolutions qui ont brusquement éclaté dans les pays arabes.

Dans notre occident bien pensant, c’est surtout la stupéfaction qui domine : d’excellentes relations étaient bien établies entre nos gouvernants et les leurs, et ces derniers étaient très fréquentables puisqu’il était possible de s’entendre avec eux, de les recevoir et d’être reçus dans leurs palais, ne serait-ce que pour acheter leur pétrole et leur vendre nos armes ultra modernes !

Mais chez les simples citoyens qui osent encore prétendre que la défense des Droits de l’Homme n’est pas un combat “ringard”, c’est plutôt la rage qui l’emporte : non seulement ces populations ont subi le règne d’une véritable “kleptocratie”, accaparant les richesses de leurs pays, mais quand la coupe a été trop pleine, ils n’ont pu compter que sur eux-mêmes pour y mettre fin (aux dernières nouvelles, on apprend que la mesure décidée par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies, réuni en urgence pour réagir à la folie manifeste de Kadhafi, est… l’embargo sur d’éventuelles nouvelles ventes d’armes à la Lybie !). Donc, au XXIéme siècle, pour mettre fin au non respect des Droits de l’Homme les plus élémentaires, il faut d’abord plusieurs dizaines d’années d’abus en tout genre, privations de liberté, souffrances imposées et souverain mépris, et, en plus, une révolution payée par des centaines et des centaines de morts en quelques jours… ?

Pour en finir ? Que vont faire ces peuples, à juste titre révoltés ? Point d’interrogation.…

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Il ne faut pas oublier que l’étincelle qui a mis le feu, c’est le suicide, en Tunisie, d’un homme jeune, diplômé, à qui les forces de l’ordre venaient d’enlever le chariot qui lui permettait, parce qu’il n’avait pas d’emploi, d’essayer de survivre en vendant quelques misérables fruits ou légumes. Il est apparu comme l’image-même, le symbole de la situation économique et sociale qui est imposée aux peuples et qui leur est insupportable : le chômage et la flambée du prix des denrées alimentaires.

Aucun leader ne menait ces foules. Même si certains préfèreraient faire croire, comme l’ont essayé Ben Ali et Kadhafi, qu’il s’agit d’un mouvement conduit par des intégristes religieux, ces révolutions, nées spontanément d’un ras-le-bol général, sont donc bien la manifestation de la volonté de changer l’ordre économique. Mais personne ne peut prédire comment ces peuples en colère vont mener leur combat.

 

Au pire, ils succombent.

Ils se laissent “avoir” par la propagande de leurs anciens colonisateurs qui prétendent être seuls porteurs de civilisation, et que celle-ci consiste à gérer la pénurie pour “créer de la valeur”…financière.

S’ils suivent le modèle présenté comme étant LA démocratie, donc à la mode “occidentale”, ils vont accepter de n’avoir que des choix portant sur des personnalités. De même que nous, Français, allons devoir choisir l’an prochain entre laisser faire, pendant cinq ans, ou bien Sarkozy ou bien Strauss-Kahn !

Ils seront leurrés par des débats menés par des personnages apparemment différents mais aux intentions forgées dans le même moule, celui du système capitaliste, prétendu a priori universel et éternel. Dans ce cas, le système économique qu’ils réprouvent va survivre à leur volonté d’en changer.

Ce ne serait, hélas, pas la première fois dans l’histoire, qu’une révolution serait trahie. D’autant plus que ce scénario contre-révolutionnaire sera bien évidemment, encouragé et avec force par tous ceux qui soutiennent l’idéologie capitaliste, et que c’est probablement aussi celui que beaucoup d’exlilés, formés à l’idéologie occidentale, voudront promouvoir, dans ces pays où le capitalisme financier a déja donné à l’industrie touristique la prépondérance sur l’économie locale.

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À l’opposé, s’étant débarrassés de leur peur d’un dirigeant corrompu, ils pourraient trouver la force d’élire une assemblée constituante et, dans la foulée, définir une nouvelle façon d’avoir des élus qui soient les porte-parole du peuple décidant lui-même de son économie : que produisons-nous, comment, en quelle quantités et comment nous répartissons-nous les tâches et les richesses ainsi créées ?

En ce cas, inventant un vrai “gouvernement par le peuple”, ils seraient un exemple pour le reste du monde.

 

Mais il existe, entre ces deux extrêmes, une foule de possibilités, et personne ne sait laquelle se produira.

On ne peut qu’espérer que les souffrances subies par ces peuples serviront de leçon et que les héros de la révolution du monde arabe ne seront pas morts pour rien.