Libération

Édition 1936, réédition de 1946
par  J. DUBOIN
Mise en ligne : 27 février 2012

Vous pouvez reproduire et diffuser ce livre librement, à condition d’en indiquer la provenance.

 AVERTISSEMENT

Ce livre a été écrit au milieu des années 30, puis réédité en 1946.
Bien évidemment beaucoup de choses ont changé depuis cette époque tant dans le domaine des sciences et de leurs applications que dans celui des techniques économiques et financières.

Songez, par exemple, qu’au début de la guerre 39-45, qui a mis fin (provisoirement) à la crise de 1929, le radar et le moteur à réaction n’en étaient qu’à leurs premiers balbutiements ; l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire n’était qu’un rêve de théoricien ; le transistor n’existait pas encore, pas plus que les microprocesseurs, les calculateurs électroniques, l’informatique, les lasers, les satellites artificiels et l’exploration spatiale, les biotechnologies, l’imagerie par résonance nucléaire magnétique, les antibiotiques, la microchirurgie, etc.

Dans le même temps, on a assisté au décloisonnement des marchés financiers, à la fin du contrôle des changes et à l’abandon par les états de leur tutelle sur les banques centrales. Avec le développement des technologies de l’information et de la communication qui permettent de s’affranchir des contraintes de temps et de distance, les nouveaux “produits” tels que les marchés d’instruments financiers (produits dérivés) ont connu une croissance exponentielle. L’internationalisation des entreprises s’est accélérée. Grâce à l’informatisation et aux technologie de la commande elles ont pu développer des processus de production à “flux tendu” leur permettant d’ajuster leur production à la demande solvable du moment ; elles arrivent ainsi à masquer l’état de surproduction potentielle dans lequel elles se trouvent pratiquement toutes (1).

Dans le domaine agricole, les mises en jachère contrôlées par le gouvernement fédéral aux états-Unis et la Commission dans l’Union Européenne, permettent d’éviter, dans une large mesure, les destructions systématiques et spectaculaires que dénonçait Jacques Duboin lorsqu’il écrivait Libération.

De même, on ne peut plus parler aujourd’hui de ralentissement des échanges internationaux, comme dans les années 30. On assiste au contraire à une explosion des transactions mondiales. Mais, en réalité, ces transactions ne correspondent plus à des échanges de biens ou de services réellement produits : selon la plupart des estimations, sur les 1.500 milliards de dollars échangés journellement dans le monde, seuls 10% concernent des produits ou des services, tout le reste n’étant que de la spéculation sur des produits financiers ! Que reste-t-il donc de l’analyse que faisait Jacques Duboin dans Libération ? L’essentiel : le développement inexorable du chômage avec la production. Ce qui impose de nouveaux modes de solvabilisation de l’ensemble des populations, si l’on veut éviter que se creuse encore plus l’écart entre riches et pauvres (2), qui, en généralisant la misère dans l’abondance, conduirait fatalement à une implosion généralisée.

Aux méthodes modernes de production doivent correspondre de nouvelles règles économiques. Avec la monnaie distributive, le service social et le revenu garanti, Jacques Duboin ouvre les voies d’un nouvel humanisme.

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1 - Parmi les cas les plus flagrants actuellement, on citera ceux de l’automobile, de l’électroménager ou encore de l’industrie pétrolière.
2 - Un rapport officiel des Nations Unies sur le développement révèle que 358 personnes dans le monde disposent des mêmes ressources financières que les 2,3 milliards de personnes les plus pauvres.

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 Avant-propos

Serait-il impossible de voir les faits ?

Il ne faut pas, dit-on, devancer son siècle.

D’accord, mais si le siècle est très fâcheusement en retard ? Si le siècle, qui a déja réalisé plus de progrès scientifiques que tous ceux qui le précédèrent, n’a pas encore compris qu’une révolution économique et sociale était en cours dans le monde ?

Soucieux tout aussi peu de fâcher le public que de lui plaire, I’auteur se bornera à essayer de démontrer que Ies événements sont liés les uns aux autres par une fatalité invincible, et qu’il est inutile de s’insurger contre les choses.

Prométhée, en dérobant le feu du ciel pour animer les hommes, avait irrité Jupiter qui le fit enchaîner. Mais Hercule le délivra, et, libre de ses mouvements, il vient de heurter du pied notre fourmilière, plongeant Ies pauvres petites fourmis que nous sommes dans un désarroi indescriptible. Avec une naïve mauvaise foi, chacune rejette sur la voisine la responsabilité de ses déboires. Certaines surexcitent encore les passions et font jaillir la haine, arguant qu’une bonne trique fera infailliblement renaître le passé : ce sont les méchants utopistes d’aujourd’hui, rêvant de nous ramener au gland quand nous avons du blé... Serait-il impossible de voir les faits ? Ils nous rassureraient sur le jour merveilleux qui se lève. Il suffit d’abandonner un lourd bagage de préjugés, car l’homme qui s’en encombre rappelle fâcheusement la chèvre attachée à son piquet. Pourquoi accepter les idées toutes faites qu’on impose au nom de doctrinaires qui vécurent en d’autres temps ?

juillet 1936.

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 TABLE DES MATIERES

AVANT-PROPOS

PREMIèRE PARTIE
L’éCONOMIQUE

CHAPITRE I
Après avoir été rares pendant des milliers d’années, les produits utiles aux hommes augmentent brusquement d’une façon prodigieuse. C’est la science qui fait ce miracle.
CHAPITRE II
La production a pris un essor considérable qui devrait faire régner l’abondance, mais comme la production finit par croître en même temps qu’augmente le chômage, c’est le problème de la consommation qui vient se substituer à celui de la production.
CHAPITRE III
L’échange, base de tout notre régime économique, exige que chacun ait quelque chose à échanger et que ce quelque chose ait de la valeur.
CHAPITRE IV
Rôle de la monnaie dans le régime des échanges. La consommation est liée à la capacité d’achat créée par la production : plus la production s’intensifie, grâce à la science, moins elle crée de capacité d’achat.
CHAPITRE V
Toutes les mesures imaginées pour ranimer les échanges ne peuvent, au contraire, que les ralentir, car elles accentuent la baisse de la capacité d’achat des consommateurs.
CHAPITRE VI
Les destructions volontaires de produits ont pour objet de provoquer artificiellement la rareté et augmenter ainsi la valeur indispensable aux échanges.
CHAPITRE VII
De l’équilibre comptable. Richesses financières individuelles et richesse réelle collective.

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DEUXIèME PARTIE
LES éCONOMISTES ET LEURS DOCTRINES
DANS L’èRE DE LA RARETé.

CHAPITRE VIII
Avant les physiocrates. - Les physiocrates et l’ordre naturel. - Adam Smith, père de l’orthodoxie économique. - Malthus, apôtre de la disette. - La loi de ricardo sur la rente foncière, sur les salaires.
CHAPITRE IX
JEAN-BAPTISTE SAY parachève l’édifice de l’économie libérale auquel Sismondi adresse déjà des critiques. Saint-Simon et les Saints-Simoniens.
CHAPITRE X
Les premières théories socialistes : FOURIER, OWEN, CABET,
WILLIAM THOMPSON, PROUDHON, LOUIS BLANC, etc. La révolution de 1848 met fin à ce mouvement prétendu ne reposer que sur des utopies ; le socialisme d’état de ROBERTUS et de LASSALE.
CHAPITRE XI
STUART MlLL et ses heureuses contradictions. - Bastiat dénonce la politique de la disette. - la grande crise mondiale de 1847.
CHAPITRE XII
KARL MARX et le matérialisme historique. - Théorie de la plus-value.
CHAPITRE XIII
(Suite de la doctrine de KARL MARX). - Loi de la concentration des capitaux par l’expropriation des petits propriétaires et des artisans - la lutte de classe - différence entre la doctrine de KARL MARX et celle que nous défendons..
CHAPITRE XIV
Le solidarisme de LéON BOURGEOIS. - Trahison de quelques clercs. -Les « si » et les « mais ». - On parle de crise alors que la révolution est en cours.

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TROISIèME PARTIE
INTRODUCTION
à L’éCONOMIE DE L’ABONDANCE

CHAPITRE XV
Le droit aux produits et aux services doit être libéré de la considération du travail fourni, car le labeur humain, conjugué avec l’outillage dont on dispose, n’est plus proportionnel au rendement. le surplus social, fruit de la coopération, appartient à la communauté dont l’état est le garant.


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