Accusé, levez-vous !

par  É. VAISSAIRE
Publication : décembre 1989
Mise en ligne : 15 avril 2009

Sans vouloir lui dénier le bénéfice
du progrès technique qui, au travers des siècles, a fait
de notre société industrielle ce qu’elle est, j’accuse
le système monétaire en vigueur (qu’il est un peu trop
facile et, à vrai dire, un peu désuet de baptiser "capitaliste"
car il pourrait très bien, à la limite, se passer des
capitalistes, les cadres supérieurs du commerce et de l’industrie
suffisant, tout en restant des salariés, à perpétuer
et à perpétrer ses méfaits) de forfaiture.
Je l’accuse, en premier chef, d’être responsable, au moins en
grande partie, de la faim et de la misère dans le monde qui fait
plus de victimes chaque année que la dernière guerre mondiale
qui a duré cinq ans.
Je l’accuse en second, d’être responsable de la misère
grandissante chez nous par son incapacité à mettre en
oeuvre la répartition juste et nécessaire de nos potentialités
de production. Je l’accuse encore du déracinement culturel et
économique des populations des pays en voie de développement,
dont le pseudo-développement, sans rapport avec la culture traditionnelle,
ne s’est fait que par les investissements capitalistes, dans le but
de profits financiers. Je l’accuse d’être responsable, en grande
partie, de la misère grandissante et du chômage, dans les
pays d’occident, dus principalement à l’importation pour des
raisons purement spéculatives de produits fabriqués à
la sueur et au sang des populations pauvres du monde.
Je l’accuse de glorifier l’opulence d’une minorité de profiteurs,
disséminés de par le monde, opulence qui ne repose que
sur l’exploitation des plus pauvres, des plus faibles, des plus démunis
d’instruction, de formation et de défense. Et de porter cette
opulence honteuse à la hauteur d’une valeur sociale enviable.
Je l’accuse encore de toutes ces rivalités militaires internationales
dont la raison principale est soit d’étendre la domination économique
et financière des pays les plus forts, soit de se défendre
contre cette domination pour les pays les plus faibles. Soit, finalement,
des guerres en général et de la course aux armements,
dans le monde, qui détourne de sa raison d’être une part
importante des richesses naturelles et des énergies humaines
normalement destinées à la vie, vers des objectifs de
destruction et de mort. Je l’accuse de voir s’amonceler des biens matériels,
des denrées alimentaires et des richesses naturelles devenues
inécoutables, dans des lieux de stockage inutiles, devant le
besoin insatisfait et grandissant des populations du monde qui manquent
du nécessaire vital.
Je l’accuse encore et toujours de saboter la production en général
pour la rendre plus vite périssable et assurer ainsi une production
sans objet autre que le profit financier.
Je l’accuse aussi, pour les mêmes raisons, de procéder
au pillage des ressources naturelles de la planète, non renouvelables
car issues de son histoire cosmique, sans préoccupation des générations
à venir.
Je l’accuse encore et toujours de la destruction progressive de l’équilibre
écologique mondial par l’exploitation outrancière de ses
ressources du sol et du sous-sol et la pollution industrielle des mers,
de l’atmosphère et des terres, toujours pour des raisons de rentabilité
financière, alors que des moyens techniques existent qui pourraient
éviter ces dégâts. Je l’accuse, finalement, de mettre
la vie en danger sur la planète, pour des raisons de produits
financiers, tant le système, par son vice propre, a insufflé
ce désir à un nombre toujours grandissant d’humains. Je
l’accuse d’avoir transformé la monnaie "moyen d’échange"
en système de blocage des échanges et d’avoir fait confondre
le moyen avec la fin, les biens véritables avec leur représentation
fictive : la monnaie.

Accusé, levez-vous !
Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?