Au fil des jours

Publication : 25 avril 1939
Mise en ligne : 28 février 2008

  Sommaire  

Les événements se précipitent.

Rapt de l’Albanie. A dire la vérité, ce qui surprend le plus, c’est qu’il se trouve des officiers et des soldats pour aller froidement assassiner, sur un ordre, des hommes, des femmes et des enfants qu’ils ne connaissent pas et qui ne leur ont rien fait. Ils n’ont même pas l’excuse d’être en guerre. A moins qu’on ait réussi leur faire croire que les Albanais étaient à la veille d’envahir l’Italie

 

L’Angleterre, aussitôt, a offert à quelques Etats des Balkans de garantir elle-même leurs frontières. Cependant comme l’Albanie, paraît-il, avait demandé vainement le secours de l’Angleterre, les autres Etats paraissent peu enclins à recommencer l’expérience. Comme, d’autre part, on sait que nous avions garanti les frontières de l’ancienne Tchéco-Slovaquie...

 

On passe l’éponge. Même Pie XII n’a pas eu un mot de protestation. Comme on voit que le cardinal Pacelli n’est plus là !

 

En revanche, Pie XII a félicité Franco, auquel les amis de M. de Kérillis avaient déjà envoyé une épée d’honneur. Nous espérons que ces amis voudront bien occuper les premières lignes sur la frontière espagnole si celle-ci avait besoin d’être défendue contre cette épée d’honneur.

 

On fait observer que l’Angleterre, dans son désir de protéger ce qui reste des Etats balkaniques, n’oublie qu’une chose : c’est qu’elle n’a pas d’armée. Alors on nous explique que si l’Angleterre adoptait la conscription, tout serait sauvé.

Alors il suffit donc d’établir la conscription pour avoir immédiatement une armée ? Et les cadres ? Et l’instruction des hommes ?

 

On commence à regarder du côté de la Russie. Peut-être accepterait-on que les soldats russes se fissent tuer pour défendre les frontières du voisin, mais à condition de ne pas se montrer. L’aviation russe, peut-être, parce qu’elle n’a pas de contact avec la terre. C’est qu’on se méfie de la peste rouge ; on voudrait s’en servir mais ne pas s’en servir, tout en s’en servant.

Tout cela s’étale dans notre magnifique presse à côté d’articles où les mêmes Russes sont traités de porcs.

 

On nous explique alors que l’armée russe ne vaut rien. C’est le général NiesseI qui l’affirme, bien qu’il n’en sache rigoureusement rien. Mais ne faut-il pas plaire aux journaux qui acceptent votre prose ?

 

Un de nos amis nous adresse la preuve que les mines de fer du Chatellier (Orne) continuent à livrer du minerai de fer à Neuenkirchen (Allemagne).

Ainsi, dit notre correspondant, les wagons transportent à la fois des Français mobilisés, et le minerai qui, transformé en mitraille, fauchera ces mêmes Français. N’est-ce pas révoltant ?

On pourrait ajouter que la France fournit encore à- l’Allemagne de la bauxite, et même des moteurs d’aviation.

Mais cela, à notre avis, prouve avant tout que la guerre n’est pas à craindre puisque, dans le cas contraire, nous aurions d’abord de nombreux traîtres à fusiller.

 

La psychose de guerre a pour résultat de faire avaler plus facilement quelques nouveaux décrets-lois. Le redressement Reynaud devait porter ses fruits dans trois ans. Pour l’instant, il ne provoque que de nouveaux sacrifices.

Et l’on s’extasie sur le chômage qui diminue. On oublie de dire que le nombre des mobilisés augmente.

 

Et l’équilibre budgétaire ? Voilà qu’il est maintenant complètement perdu de vue, par ceux-là mêmes qui déclaraient qu’aucun redressement n’était possible avant le fameux équilibre.

 

On demande respectueusement à M. Baudhuin, de l’Université de Louvain, qui est l’économiste orthodoxe le plus réputé, ce qu’il faut penser de la situation en Belgique. Et comment se porte la fameuse crise mineure ?

 

A défaut de cet économiste, l’avis de M. Rist serait volontiers publié dans nos colonnes.

 

Il paraît que les pays totalitaires font exprès pour que notre économie se démolisse un petit peu plus chaque jour. C’est du moins la nouvelle explication qu’on nous donne de la tension extérieure. Au même moment, on nous affirme que le redressement Reynaud connaît un succès éclatant. Notre économie est-elle en baisse ou en hausse ? Car enfin, il faudrait s’en tenir à un point de vue et ne pas se contredire constamment.

Acceptons l’hypothèse que les totalitaires font de leur mieux pour nous affaiblir économiquement en nous menaçant de la guerre et en nous obligeant à mobiliser. Ne sont-ils pas victimes eux-mêmes de cette psychose de guerre ? Ne sont-ils pas obligés de mobiliser, eux aussi ?

 

M. Paul Reynaud, toujours content. de lui, nous demande de tenir le dernier quart d’heure.

Et après le dernier quart d’heure ?

 

Est-ce qu’après le dernier quart d’heure, tous les peuples vont arrêter leurs armements ?

Alors, l’économie mondiale devra se passer de deux milliards d’armements par jour !


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.