Décidément, quoi qu’en pensent certains,
nos idées progressent à grands pas.
C’est ainsi que dans la rubrique « Idées » du Monde
du 28 octobre dernier, André GRJEBINE, Maître de conférences
à l’Institut d’études politiques, après avoir évoqué
l’angoisse qui étreint un nombre toujours plus grand de travailleurs
de tous ordres à l’idée de l’inutilité, voire de
la nocivité, de leur travail, écrit : « une saturation
progressive des biens de consommation, l’automatisation, enfin les limites
à la capacité du tertiaire d’offrir sans cesse de nouveaux
emplois, laissent prévoir une modification de cet état
de fait. En revanche, la généralisation des allocations-
chômage, voire dans un avenir prévisible celle du maintien
du revenu en cas de perte ,d’emploi, devrait rendre moins incertaine
la situation économique des sans-emploi. On peut donc penser
que, d’ici quelques décennies, le problème majeur sera
moins d’être rémunéré que d’avoir une occupation
dont on perçoit l’utilité. »
Et d’ajouter plus loin : « Le degré de productivité
auquel sont parvenues les sociétés industrialisées
doit leur permettre de pourvoir en un minimum de temps à leurs
besoins matériels et d’en consacrer toujours davantage à
l’épanouissement du défi humain. D’une part, en améliorant
sans cesse notre capacité de comprendre et de contrôler
l’univers ; d’autre part, en renforçant une solidarité
humaine dont l’expérience a montré qu’elle était
aussi aléatoire dans la pénurie que dans la consommation
acharnée qui caractérise actuellement nos sociétés.
»
*
Le 15 novembre dernier, à la demande du Président
de la République, le Premier Ministre a réuni les Ministres
et Secrétaires d’Etat afin de définir « les objectifs
d’action » du gouvernement gui lui succéderait lors de
la prochaine législature. Malgré le « rigoureux
secret » exigé par R. BARRE, on a pu savoir entre autres
choses que Mme Simone Veil avait parlé de la « nécessité
d’assurer à chaque citoyen un minimum de ressources, de protection
sociale et de soins ».
J. DUBOIN, lui. aurait proposé un « maximum de ressources
» pour tous. Mais n’est-ce pas déjà un bon début
de la part d’un ministre d’un gouvernement de droite ?
*
Confirmant cette évolution, le ministre du Travail vient d’annoncer que, dès le 1er janvier prochain, la garantie des ressources sera assurée aux handicapés. Cette garantie ira de 90 à 140% du S.M.I.C. suivant la catégorie dans laquelle est classé le handicapé.
*
Toujours dans le même esprit. le Conseil des
ministres du 30 novembre dernier a chargé le secrétaire
d’Etat au Tourisme d’entreprendre une étude sur les possibilités
de développement des aides directes aux ménages les moins
favorisés pour faciliter leur départ en vacances et notamment
sur l’institution d’un titre-vacances.
Si du côté de la garantie des ressources il semble comme
on vient de le voir, que nos idées font leur chemin il n’en est
pas encore de même en ce qui concerne les problèmes du
chômage, de la hausse des prix ou de la surproduction. On nous
propose toujours les mêmes remèdes aussi périmés
qu’inefficaces.
C’est ainsi que les ministres de l’Agriculture des neuf pays membres
du Marché Commun ont décidé d’octroyer aux producteurs
de houblon une prime d’environ 10 400 francs (nouveaux !) par hectare
arraché, afin de réduire les excédents qui s’élèvent
à environ 6 000 tonnes par an.
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Dans le même ordre d’idées, le baptême
à St-Nazaire, le 8 octobre dernier, du plus grand pétrolier
du monde, (550 000 tonnes, 414 mètres de long) s’est fait dans
la plus grande morosité.
C’est qu’en effet on ne sait plus qu’en faire et que sa mise en service
amènera le désarmement de trois pu quatre pétroliers
ou méthaniers qui iront grossir la flotte des 500 ou 600 navires
qui attendent dans les fjords norvégiens un hypothétique
frêt.
Quoi qu’il en soit, le « Pierre Guillaumat », (c’est le
nom du pétrolier en question qui a coûté 550 millions
de francs) est parti le 28 octobre pour le golfe Persique pour ramener
sa cargaison de pétrole brut aux raffineurs français dont
« on déplore l’inquiétante surcapacité »
de raffinage. Ce qui a amené le Président d’Elf Aquitaine
à déplorer l’obligation faite aux entreprises de vendre
le pétrole raffiné en dessous du prix de revient et à
déclarer : « Nous attendons avec confiance les initiatives
du gouvernement français pour soutenir notre industrie et préserver
l’emploi dans ce domaine ».
Gageons que M. BARRE ne restera pas insensible à cet appel...
et déplorera ensuite la hausse du croissant.
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Dans la construction navale, les années 1978,
1979 et 1980 s’annoncent désastreuses. Les experts de la Communauté
Economique Européenne proposent donc aux Etats membres une réduction
de 40 % du potentiel de production, ce qui se traduira principalement
d’ici à 1980 par la mise au chômage de plus de 80 000 travailleurs.
Tout ceci, bien sûr, au nom de la sacro-sainte compétitivité,
chère au libéralisme économique.
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Dans ce domaine, comme tant d’autres, l’ennemi n° 1 est le Japon... dont l’appareil de production ne tourne qu’à 80 % de sa capacité.
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A propos de compétitivité, nos dirigeants évitent de nous parler de celle des salaires. Dans un rapport de 1975, demeuré confidentiel, le ministre français du Travail notait que les rémunérations des ouvriers français étaient inférieures de 20 à 30 %à celles des ouvriers allemands.
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Un laboratoire de Caen fabrique un produit appelé métaclotranide et le vend à la Belgique au prix de 100 francs le kilo. De là il part pour la Suisse à qui les Laboratoires Delalande le rachètent à 4 000 francs le kilo pour fabriquer le Primpéran et le revendent aux Normands à 8 000 francs le kilo. Sans ce petit voyage en Europe on l’aurait payé 200 francs au détail !

