Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : mai 1981
Mise en ligne : 28 octobre 2008

En cinq ans, 25 % des emplois ont été supprimés
chez Renault Véhicules Industriels qui s’apprête à
licencier 3 600 personnes d’ici à 1984 et à embaucher
« 950 jeunes diplômés formés aux techniques
nouvelles de l’électronique et de la robotique ». Autrement
dit, l’opération se solde par la disparition de 2 600 emplois.
Et il y a encore des gens pour dire que les nouvelles technologies sont
créatrices d’emplois !
La dernière mode chez les économistes de tout bord est
de dire que ce sont les Petites et Moyennes Industries qui créent
le plus d’emplois, le gouvernement a décidé (Conseil des
ministres du 11 mars 1981) de faire un effort prioritaire pour l’automatisation
en doublant d’ici à 1982 les investissements d’automatisation
et de multiplier par trois la production française de matériel
d’automatisation. En particulier, les « Machines et Equipements
de Conception Avancées » et les « Automatisations
des Processus de Production » seront étendues aux P.M.I.
De là à nous faire croire que le problème du chômage
sera résolu, il n’y a qu’un pas que nos économistes franchissent
allègrement ! Comme si l’automatisation pouvait avoir des effets
différents dans les P.M.I. et dans les grands groupes industriels
 !

*

Les dirigeants américains, eux, sont plus francs : un rapport
pour le ministère des Transports des Etats-Unis prévoit
que d’ici 1985, plus de 20 000 emplois seront supprimés dans
l’industrie automobile et dans les industries annexes du fait de l’automatisation
croissante des usines. Le rapport indique (ce qui semble être
une constatation de bon sens) qu’il y a contradiction entre la création
de postes et l’accroissement de la productivité. Les syndicats
proposent comme solution des congés payés et la réduction
du temps de travail. Les semaines de 4 ou même 3 jours devraient
être prochainement envisagées par les grandes firmes automobiles.

*

Il faut dire que l’industrie automobile américaine vient de
recevoir un beau cadeau du gouvernement Reagan : le report ou l’annulation
de 34 normes concernant la sécurité des passagers et la
défense de l’environnement. Cela leur fera économiser
1,4 milliard de dollars (soit 7 milliards de francs actuels) sur cinq
ans. Les futures victimes des accidents de la route ou de la pollution
paieront.

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Au fait, savez-vous que le gouvernement Reagan compte 13 ministres
millionnaires (en dollars, bien sûr) ?
Dans son programme économique, ce gouvernement prévoit
d’importantes réductions dans les budgets sociaux (2,3 millions
de dollars en moins en 1982 pour les bons alimentaires), dans les budgets
de l’enseignement et de la recherche. Par contre, le budget militaire
sera en hausse : 188,8 milliards de dollars en 1982 (soit 27 0/0 du
budget total des EtatsUnis) et il est prévu qu’il continue d’augmenter
jusqu’à atteindre 37 du budget en 1986. L’essentiel de ces crédits
sera consacré aux matériels conventionnels (ce qui enrichira
considérablement les industries concernées).
Pendant ce temps, le fossé entre riches et pauvres s’élargit
 : 37 millions d’Américains pauvres sont recensés auxquels
s’ajoutent 29 millions de vieux et d’invalides. Contrairement à
ce que nous raconte la bonne presse française, un fort courant
se développe aux Etats-Unis en faveur de la sécurité
sociale, de « l’Etat Providence », de l’intervention des
pouvoirs publics dans l’économie, des droits de l’individu envers
la société... Certains se demandent si le risque reste
le bon choix. Le « Washington Post » écrit : « 
Il se peut que dans un monde de très grande organisation, la
sécurité favorise de meilleurs résultats économiques
que la crainte de perdre un emploi. »

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La Banque Mondiale veut créer une filiale « Energie »
destinée à favoriser la mise en valeur des sources d’énergie
dans le Tiers-Monde. Ce projet a fait l’objet d’un très large
consensus de la part des pays membres.
Mais le gouvernement Reagan refuse absolument d’y participer. Rien d’étonnant
à cela quand on sait que les Etats-Unis devraient fournir près
de 40% de la demande mondiale en charbon en l’an 2000. Il ne peut donc
pas être question pour les capitalistes américains de perdre
une parcelle de cette manne juteuse.
On observe en effet une demande de plus en plus forte de charbon. Et
ce marché du charbon est dominé par les grandes compagnies
pétrolières qui non seulement achètent et exploitent
les mines mais encore créent et entretiennent les moyens de préacheminement
au port et maîtrisent totalement la flotte charbonnière.
Une telle intégration empêche l’acheteur de contrôler
les coûts. Les compagnies américaines détiennent
ainsi plus de 50 % des réserves de charbon des EtatsUnis. On
pense que le marché du charbon pourrait rapidement se trouver
entre les mains d’un cartel de moins de 10 sociétés multinationales.