Au fil des jours

Publication : 19 juin 1939
Mise en ligne : 9 juillet 2006

  Sommaire  

Grandes fêtes à Hambourg pour recevoir et fêter les « Volontaires » allemands retour de la guerre d’Espagne.

Que pensez-vous de ces guerriers ?

N’est-il pas effrayant de penser que des hommes puissent - sur un ordre - aller assassiner la population dun peuple qui n’a même pas l’excuse d’être en guerre avec le leur ?

Car on ne nous fera jamais oublier que l’aviation allemande et l’aviation italienne ont bombardé sans arrêt des villages et des villages, et pulvérisé des non-combattants, et que sans ces assassinats Franco ne serait jamais venu à bout des républicains espagnols.

 

Si vous en doutez, vous n’avez qu’à lire la presse italienne qui rappelle à Franco les petits services rendus au nom de la non-intervention.

Plusieurs unités de guerre à Majorque, 100.000 soldats volontaires (sic), 4.300 camions, 40.000 tonnes de matériel, 750 canons, participation à la guerre sous-marine sur la côte d’Espagne et jusque dans le canal de Sicile, etc...

Pour l’aviation italienne : 135.265 heures de vol, 11 millions et demi de kilos d’explosifs généreusement distribués, 1.042.712 balles tirées. Enfin, 5.318 bombardements aériens.

Tous les chiffres ont été reproduits par notre grande presse, qui néglige de rappeler que le gouvernement de Mussolini n’a pas cessé de siéger à Londres au fameux comité de non-intervention. Pouah !

 

Tout cela pour que l’armée des rebelles espagnols « soit victorieuse du parti le plus sombre et le plus sinistre de tous, celui qui éteint, là où il étend son empire, la fierté d’être homme  ». Cette dernière phrase est de M. Abel Bonnard, de l’Académie française. Il faut qu’elle passe à la postérité pour montrer l’aveuglement et la passion cynique de certains de nos hommes de lettres. Nous réclamons que cet immortel soit placé, avec son épée, en première ligne, si jamais son ami Franco voulait franchir les Pyrénées.

 

Va-t-on bientôt cesser de plaisanter les Allemands sur les mesures de restrictions alimentaires et vestimentaires qu’ils sont obligés d’endurer ? Croit-on vraiment que c’est de gaieté de coeur qu’ils s’infligent des mortifications ?

La presse hitlérienne ne manque jamais de se servir de nos brocards pour exciter la population contre les voisins de l’Ouest.

Et quand on voit la campagne faite dans certains milieux pour provoquer le blocus économique de l’Allemagne, on se demande si elle n’émane pas de véritables provocateurs qui tirent les ficelles de quelques pantins. Des réfugiés allemands nous confirment qu’on fait ainsi le jeu du nazisme.

 

Il parait que le chômage anglais a diminué. De 1.800.000, il aurait passé à 1.5OO.OOO.

C’est là tout le résultat d’un programme d’armements gigantesques, comportant la construction d’usines géantes. Et aussi les effets de la construction de casernes nombreuses et même encore de la conscription... Cela n’aura cependant pas encore ouvert les yeux de M. Eden ?

On connaît maintenant le plan Eden pour sortir de la crise. Des grands travaux et des camps de travail, ces derniers devant rester ouverts jusqu’à ce que les chômeurs soient résorbés. Et M. Eden est, paraît-il, l’espoir des réformateurs anglais ! L’espoir des jeunes Anglais !

 

A bas le fascisme ! A bas le fascisme ! A bas le fascisme ! Et puis après ? Quand on aura bien crié, bien vitupéré, en sera-t-on plus avancé ? S’imagine-t-on que c’est avec des réunions et des articles de journaux qu’on empêchera le fascisme de s’instaurer en France ?

Le seul moyen d’éviter le fascisme est d’accomplir les réformes de structure.

Le fascisme est l’aboutissement logique des démocraties qui s’abandonnent. Attendre le miracle de la reprise économique, c’est préparer le fascisme.

Nos bons révolutionnaires ne se sont pas mis encore dans la tête que le fascisme n’est que la fin autoritaire du régime aux abois.

Car le fascisme n’arrange rien ; le fascisme n’est pas un régime économique qui vient se substituer à celui qui s’effondre ; le fascisme n’est qu’un moyen de consolider, très momentanément et de la façon la plus désagréable, le régime capitaliste lui-même. Demandez donc à Hitler ou à Mussolini ce qu’ils feront demain ? Ils n’en savent rien, car ils sont poussés par une force qui les entraîne, comme elle entraîne les démocraties.

Au lieu de crier : à bas le fascisme ! faites les réformes de structure.

 

Trois sous-marins engloutis. Un submersible américain, un submersible anglais, un submersible français. Que de familles en deuil pleurent la fin particulièrement affreuse d’un père et d’un époux. C’est évidemment très triste. Mais ce qui est plus triste encore, ce sont les sous-marins. Que des peuples civilisés aient besoin de sous-marins. .

 

On continue à faire risette à la Russie, en même temps que notre grande presse traite les Russes de bandits, d’assassins, de porcs...

Est-ce que ce joli spectacle va continuer longtemps ?

Qui dit que la Russie ne va pas s’entendre avec les Allemands ? Ces deux pays ont des économies complémentaires en ce sens que l’Allemagne peut se procurer en Russie des produits alimentaires en échange d’outillage dont les Russes ont encore momentanément besoin.

Une entente économique ne devrait pas surprendre ceux qui savent que c’est l’économique qui commande le politique.

Cela ne voudrait pas dire que la Russie deviendrait hitlérienne...

En Allemagne, le régime social est en régression sur l’équipement ; en Russie, il est en avance sur l’équipement. Nous n’en disons pas davantage.

 

Pourquoi se disputer sur la réforme électorale quand on sait que la Chambre du Front populaire va être prorogée par ses adversaires ?

Et pourquoi chercher le moyen le plus astucieux pour se faire élire, puisque, une fois élu, on ne vote que des pleins pouvoirs ?


Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.