Au fil des jours

Publication : avril 1968
Mise en ligne : 22 octobre 2006

  Sommaire  

L’assassinat du pasteur Martin-Luther King portera-t-il le coup fatal à la discrimination raciale ? Espérons-le, car c’est la honte des hommes de peau blanche.

 

Apprenant que les Vietnamiens saisissaient la perche que le Président Johnson leur tendait enfin, nos éminents « commentateurs » se déclarèrent stupéfaits. On est pourtant bien sûr qu’aucun de ces messieurs n’eût supporté trois années de bombardements. C’est dans l’attente du geste des EtatsUnis qu’un peuple accepta de vivre si longtemps en enfer.

 

La ruée sur l’or s’est calmée : elle fut accompagnée d’une nuée de sottises. Tant que nous vivrons en économie capitaliste, le commerce international exigera une monnaie-marchandise, c’està-dire de valeur intrinsèque. Jamais un vendeur n’acceptera de livrer ses marchandises à l’étranger s’il doit être payé en monnaie-papier dont la valeur dépend de l’Etat qui l’émet. Ce sont les incontestables qualités de l’or qui font de lui la meilleure des monnaies capitalistes. S’il existe une crise de l’or, c’est que l’extraction de ce métal diminue, tandis que l’industrie et la thésaurisation en absorbent davantage. La décision des puissances représentées à Washington était excellente. Du moment que les Etats-Unis mettent en fait l’embargo ; sur l’or, la création d’un marché libre s’imposait. Si le prix de l’or y hausse comme c’est probable, les pays producteurs (Afrique du Sud, U.R.S.S., Australie) en extrairont davantage et tout s’arrange. Enfin si cela ne s’arrange pas, restent les accords de troc qui réussirent si bien au Dr. Schacht à la fin de la première guerre mondiale.

 

Est-il trop tard pour reparler des jeux olympiques de Grenoble ? Si non il semble que notre presse escamota un peu les résultats définitifs. Les voici :

La nation qui gagna la première place fut incontestablement la Norvège, avec six médailles d’or, six d’argent, 2 de bronze. La seconde place revient à l’U.R.S.S. avec 5 médailles d’or, 5 d’argent et 3 de bronze.

Les Etats-Unis sont loin derrière avec 1 médaille d’or, 5 d’argent, et 1 de bronze.

 

Un ex-préfet, M. Picard, vient d’être arrêté, et l’on se demande pourquoi ? - Mystère - On chuchote qu’il aurait porté atteinte à la sûreté de l’Etat - Il aurait trahi son pays ? - Voilà qui nous rajeunit en nous rappelant l’affaire Dreyfus. Elle débuta de même, dans le plus complet mystère.

 

Il existe peut-être un problème plus urgent à régler : c’est celui des jeunes. L’opinion n’est pas encore alertée sur sa gravité. Et pourtant on ne cache pas que les jeunes s’agitent partout : aux Etats-Unis, en Angleterre, en Amérique du Sud, en Espagne, en Italie... même en France !

On découvre qu’il n’y a pas de débouchés pour un très grand nombre d’entre eux. Alors seront-il sacrifiés ?

Quel curieux système économique que le nôtre, où l’on sacrifie à la fois les vieillards et les jeunes ! C’est mieux encore que le catoblépas...

 

M. le Professeur Duverger a le privilège de pérorer à la télévision. On sait maintenant pourquoi ; discutaillant de la politique et de la motion de censure que l’opposition se propose de déposer à l’Assemblée Nationale, il s’est écrié mais c’est du chantage !

L’aimable professeur devrait purement et simplement réclamer la suppression du parlement, résidu de cette révolution de 89 de si triste mémoire. Il est inadmissible que les Français .éprouvent le besoin de ne payer que les impôts décidés. par leurs représentants. Au XXe siècle, c’est une prétention inimaginable !

 

Les producteurs de pommes de terre du Nord et du Pas-de-Calais protestent énergiquement, car les pommes de terre arrivant de Belgique sont si abondantes que les prix baissent...

En cette occasion le Sénateur Deguise a émis une profonde pensée : Il est inadmissible qu’une année de surproduction soit une catastrophe pour les agriculteurs.

Bravo ! Mais alors, Monsieur le Sénateur, il faut enterrer le régime capitaliste où l’abondance porte le nom fâcheux de surproduction - Non ? Alors il faut avouer que vous ne savez pas très bien au juste ce que vous voulez.

Au Rotary-Club de Lille, on s’est préoccupé de la politique agricole européenne. Beaucoup plus avisé que le Sénateur Deguise, M. Deleau, Président de l’Association des producteurs de blé, n’y va pas par quatre chemins : il ne faut pas stimuler une production pour laquelle il n’existe pas de débouchés ! Il oublia d’ajouter : solvables, car, à ses yeux, les débouchés insolvables n’existent pas. M. Deleau feint d’ignorer que la France compte 12 millions de pauvres gens, dont beaucoup sont dans la misère. Du moment qu’ils n’ont pas d’argent, M. Deleau est persuadé qu’ils habitent la lune.

 

Pour sacrifier au dogme désuet de la balance créditrice des paiements, le gouvernement travailliste condamne les Anglais à l’austérité. Une austérité dont les moines ont pourtant réussi à s’affranchir ! Le nouveau budget voté par les Communies est draconien. Les économistes classiques applaudissent ; la livre apparait plus solide...

Cependant le premier ministre Harold Wilson peut être fier de son palmarès de défaites : En 1960 il prend de sévères mesures économiques pour mâter la rébellion de la Rhodésie : elles doivent l’amener à composition. Aujourd’hui l’économie rhodésienne ne se porte pas trop mal bien que sa rébellion continue.

Lors des dernières élections, Harold Wilson blâma vertement ses adversaires de borgner du côté du marché commun. Maintenant il pose inutilement sa candidature à ce fameux marché commun qui doit absorber les excédents industriels du Royaume-Uni.

L’année dernière il insistait aux Communes sur la nécessité de maintenir des forces britanniques en Extrême- Orient.

Brusquement quelques mois plus tard, il les rappelle...

Enfin il jura qu’il ne dévaluerait jamais la livre sterling...

Quoi qu’il arrive, Harold Wilson jouit d’un heureux caractère : il chante toujours victoire !

 

En ce qui concerne son désaccord avec la Rhodésie, il convient de reconnaître qu’il peut reprocher à la France d’armer et même de surarmer la Rhodésie : chars blindés, Mirages III, hélicoptères etc... Il y en aurait pour une centaine de millions de dollars... Les Anglais nous reprochent cette politique belliqueuse.

 

Pourquoi notre grande presse passet-elle sous silence que le Sénat américain est sérieusement braqué contre la France à l’occasion de la ruée sur l’or ? Il est évident que la France a fait bande à part à Stockholm : ce qui risque de compliquer les choses.

Alors quelques Sénateurs mijotent une réplique fort désobligeante : la France serait mise en demeure de rembourser les 7 millions de dollars qu’elle doit aux Etats-Unis depuis la fin de la première guerre mondiale. Avant d’avoir apuré cette dette, Fort Knox ne lui livrerait pas d’or... si la France en réclamait !

 

On se souvient peut-être que les Coréens du Nord s’emparèrent du « Pueblo », navire de guerre américain. Ils lui reprochèrent de faire de l’espionnage dans leurs eaux territoriales. Tout l’équipage fut interné et n’a pas encore été libéré.

En d’autre temps, c’eut été un casus belli.


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.