Ce qu’ils appellent des « crises cycliques »

par  M.-L. DUBOIN
Publication : février 1978
Mise en ligne : 21 mai 2008

  Sommaire  

DEPUIS plus d’un siècle les économistes qu’on dit distingués, observent des crises cycliques dans l’économie des pays qu’on dit développés. Voulant agir en scientifiques, ils ont déterminé la fréquence et même la durée de ces crises. Cette interprétation des phénomènes a ceci de commode qu’elle permet d’affirmer, quand tout va mal, que les choses vont bientôt aller mieux… puisque c’est la preuve qu’on est au creux d’une vague !

Toutefois, si tous les maîtres es-économie partagent cette croyance, ils n’ont jamais réussi à se mettre d’accord sur les causes de ces crises régulières.

Mais ils cachent si savamment ce désaccord et sous un vocabulaire si rébarbatif, que personne ou presque, ne s’en aperçoit. Et c’est ainsi que pour le commun des mortels les questions économiques font figure de repoussoir… ce qui permet aux économistes de conserver leur prestige, voire leur influence.

Mais cela, bien sûr, n’empêche pas les choses de se gâter.

 

Non, l’économie des pays industriels n’obéit pas à une loi cyclique semblable à celle du courant alternatif. Qu’elle subisse des hauts et des bas, c’est évident. Mais il s’agit là de ce que les scientifiques appellent des fluctuations, qu’il ne faut pas confondre avec la tendance générale. Quand un physicien, ou un ingénieur, enregistre une série de mesures, il n’obtient généralement pas un tracé bien lisse, mais une courbe tremblotante, qui oscille de part et d’autre d’une valeur moyenne dont l’évolution seule est significative. Et il prend bien garde de choisir l’échelle des mesures de façon à ne pas grossir l’importance des fluctuations, ce qui lui ferait perdre de vue l’allure générale de la courbe.

En économie aussi évidemment, il faut une échelle convenable pour comprendre la tendance.

Dans nos civilisations industrielles, c’est avec l’invention de la machine à vapeur que l’évolution de l’économie a changé de pente de façon durable. Les conditions de travail ont été dès lors bouleversées et le chômage fit son apparition, même si l’émigration vers l’Amérique d’une vingtaine de millions de chômeurs en masqua momentanément les effets en Europe. Ils fournirent la main-d’œuvre à l’industrialisation des Etats-Unis.

La vraie, la seule « crise » résulte du remplacement du travail humain par celui des machines, pour la production de tous les biens matériels.

 

Cette évolution n’a fait que s’accélérer depuis le début du XXe siècle… et comme les lois de du système économique en vigueur sont telles que tout pouvoir d’achat, sauf pour de rares privilégiés, provient du travail humain, le chômage est une véritable calamité.

La réaction réflexe (et non pas réfléchie) a toujours été de chercher à créer des emplois, coûte que coûte, et partout dans le monde. Et tout a été tenté : production et perfectionnement du matériel de guerre et par conséquent guerres dévastatrices et exterminatrices, puis propagande éhontée pour forcer la consommation solvable. La dernière trouvaille est l’exportation d’usine clés en main… sans souci des véritables besoins des peuples concernés.

 

Mais, et c’est bien là le point crucial, tous ces efforts ont agi comme un boomerang : ils ont contribué à développer encore et partout la mécanisation, à une allure, déjà vertigineuse et qui ne fait que s’accélérer !

La dernière guerre a « supprimé » les 30 millions de chômeurs des années 30, mais elle a développé des techniques inimaginables il y a trente ans. Et depuis que les dégâts causés par la guerre ont été réparés, le nombre des hommes et des femmes dont le travail n’est pas utile à la production va croissant. Ni une bureaucratie déjà débordante,

Ni la publicité coûteuse ne peuvent les « utiliser ». Va-t-on les supprimer par une troisième guerre mondiale ou comprendra-t-on à temps que la criminelle fuite en avant des productivistes ne fait qu’aggraver « ce qu’on appelle la crise » [1] économique ?

Longtemps, nous avons été seuls à prêcher dans le désert. À dire que les progrès techniques qui ont transformé le monde au cours de ces dernières décennies plus qu’au cours de plusieurs dizaines de siècles auparavant, conduiraient l’homme à sa perte s’il s’obstinait à maintenir les conventions économiques dépassées par les événements.

De partout nous parviennent aujourd’hui des échos qui montrent que nous se sommes plus les seuls. Citons, par exemple, Gilbert Mathieu, qui écrivait dans « le Monde » du 7 décembre dernier :

« Les mœurs économiques ayant changé depuis trente ans, engendrant de nouveaux maux, les thérapeutiques, doivent être rénovées. Faute de l’admettre, la plupart des gouvernements, occidentaux prolongent en vain des remèdes inadaptés. Combien faudra-t-il encore attendre d’années pour qu’ils comprennent et en tirent les conséquences ? »

Mais nous sommes encore les seuls à montrer que c’est le principe que c’est le principe de l’économie de marché, et en particulier, du marché du travail, qu’il faut abolir et les seuls à proposer la solution [2] adaptée aux conditions économiques de notre temps.

 

En ce début d’année qui sera déterminante pour l’avenir, nous ne pouvons que formuler de meilleur vœu que celui de voir nos lecteurs, de plus en plus nombreux, faire connaître et défendre partout cette proposition de l’économie distributive et lutter ainsi contre la folie où s’égare l’humanité du 20e siècle sous l’effet d’une totale inconscience des phénomènes économiques et de leurs conséquences.


[1Titre d’un livre de J. Duboin publié en 1933 aux Éditions Nouvelles.

[2Voir ci-après les articles le Résume de nos thèses et L’économie distributive et ses conséquences.


Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.