De la coopération à l’économie distributive

par  P. HERDNER
Publication : mai 1978
Mise en ligne : 2 septembre 2008

PEU informé de la doctrine du coopératisme
(système fondé essentiellement sur le développement
des coopératives de consommation), le public ignore généralement
l’ampleur de son programme, dont l’objectif final est une transformation
complète de l’économie. Comme l’a écrit un de ses
plus illustres théoriciens, Charles Gide,« la coopération,
par sa réalisation intégrale, impliquerait la fin du régime
du profit, en tant que seul moteur de l’activité, économique,
pour lui substituer la seule préoccupation des besoins à
satisfaire ».
Pour bien comprendre en quoi consiste cette « réalisation
intégrale », il faut imaginer une vaste fédération
de coopératives de consommation, que pour la clarté de
l’exposé nous supposerons autarcique ; et qui est approvisionnée
en partie par les usines qu’elle a créées elle-même,
en partie par l’ensemble des entreprises (dont certaines peuvent être
organisées en coopératives de production), des cultivateurs
et des artisans. Toutes les personnes impliquées dans la production
sont membres des coopératives de consommation.
Arrivé à ce stade, qui peut paraître encore un peu
théorique, ce système réalise l’économie
des besoins, avec ses caractéristiques fondamentales : le double
mouvement « vertical. » des produits, qui deviennent la
propriété de la collectivité des consommateurs
avant d’être répartis entre les individus ; la production
mise au service de la consommation, et libérée de la concurrence
 ; la possibilité d’écouler les produits, dont les prix
sont fixés par les consommateurs associés.
Au lieu de considérer « économie distributive »
et « économie des besoins » comme deux expressions
équivalentes, je crois qu’il serait préférable
de voir dans la première la forme la plus parfaite de la seconde.
En effet, si le coopératisme répond à la définition
que j’ai donnée de l’économie des besoins, il ne réalise
pas nécessairement une répartition équitable. Il
n’a pas aboli le salariat, et il laisse subsister des problèmes
que l’économie distributive, avec sa rigueur plus grande, permettrait
de résoudre. Mais il est clair qu’il lui a préparé
le terrain.
La réflexion sur les analogies et les différences des
deux systèmes nous ouvre des horizons très intéressants
tant sur le plan de l’action que sur celui de la propagande :
1. On peut concevoir sur le plan local et à titre de mesures
transitoires - j’y reviendrai à l’occasion - des réalisations
de caractère coopératif, susceptibles de devenir ultérieurement,
par des transformations appropriées, des îlots d’économie
distributive.
2. Les structures fédérales adoptées par les organisations
coopératives s’accordent avec une conception fédéraliste
de l’économie distributive, qui s’impose à nous si nous
voulons éviter l’écueil du centralisme. Les expériences
à la fois progressives et diverses que nous pourrions tenter
dans des zones d’étendues restreintes s’inséreraient très
naturellement dans le schéma d’ensemble d’une économie
fédérale.
3. Enfin. pour donner à notre programme un aspect plus réaliste
et plus crédible, il y aurait avantage à le présenter
comme une forme élaborée du système coopératif.