La Commune de Paris, quel sens aujourd’hui ?

par  J.-L. RICHELLE
Publication : décembre 2011
Mise en ligne : 8 mars 2012

À propos de la Commune de Paris, citée dans l’article ci-dessus, son 140ème anniversaire a fait l’objet de réflexions au sein de l’université populaire, que le “Cri du Peuple de Libourne” a publiées au printemps dernier. Après un premier article, retenu par Guy Evrard, “les communardes, femmes engagées”, qui a été reproduit dans GR 1125, en voici un autre :

Certains voudraient lire l’histoire comme on tourne les pages d’un livre, selon une succession d’évènements qui se produisent de façon plus ou moins spontanée, ce qui correspond à une neutralisation ou une banalisation des rapports de force sous-jacents.

Or, la Commune de Paris n’est pas un évènement historique banal mais une insurrection populaire contre l’État. Un État, un gouvernement, n’est pas une organisation de pouvoir neutre. La Commune est un mouvement ouvrier, conduit et organisé par des ouvriers qui expriment, par cette insurrection, une conscience de classe. Les acteurs de ce mouvement révolutionnaire sont imprégnés de diverses convictions politiques qui relèvent d’une prise de conscience de leurs conditions de vie. C’est bel et bien une expression politique, l’expression populaire d’une population ouvrière qui s’oppose à des populations bourgeoises et aristocratiques.

Le moteur de cette mobilisation chez ces ouvriers est une réelle conscientisation des rapports sociaux qui les dominent, bien plus qu’une simple sensibilisation aux difficultés de leur existence. Cette conscience de leurs conditions sociales, économiques, sera le moteur de leur volonté et de leur énergie pour prendre le pouvoir et ainsi prendre en charge, de façon autonome, les affaires de la Cité. La Commune va permettre l’expression directe des ouvriers parce qu’ils décident alors de leur propre lutte sans que des représentants ne leur volent cette parole et cette capacité d’agir. Ce ne sont pas des organisations d’une démocratie plus ou moins représentative qui parlent au nom du peuple, c’est le peuple lui-même qui prend la parole et le pouvoir, révélant aux classes bourgeoises dominantes qu’il sait penser, parler, gérer ses propres affaires et celles du pays. Les participants de la Commune vont mettre en œuvre une démocratie directe qui repose sur une citoyenneté active. Il est vrai que les communards ne sont pas des experts de la gouvernance car ils représentent une classe ouvrière naissante dans un contexte d’ascension du capitalisme. Cette classe est mal structurée, inexpérimentée, composée d’une diversité d’opinions en tension, mais confortée dans ses responsabilités par la spontanéité de cette révolte, devenue une véritable révolution ouvrière. Celle-ci reste confrontée notamment aux rivalités internes, à la pression sociale et à des exigences démocratiques.

Aujourd’hui, le paysage social, la composition socioprofessionnelle de la population dite active et l’organisation politique française, présentent des différences avec la période des années 1870. Toutefois, un certain nombre de problèmes soulevés par la Commune, sinon tous, restent d’actualité, avec des nuances de contexte évidemment et des intensités différentes : le non respect des droits de l’homme, les inégalités, l’injustice sociale, l’exclusion sociale et économique, l’organisation productiviste du travail, la fausse démocratie participative, la relégation des femmes dans des tâches subalternes…

Faire reculer l’ignorance, tel était le souci permanent des membres de la Commune.

Certains mettent en évidence l’inadéquation de l’aspect insurrectionnel de la Commune avec notre époque car bien des évolutions ont vu le jour depuis la fin du 19ème siècle en matière de droits et de rapports sociaux et politiques… Pourtant, en ce début du 21ème siècle, sous d’autres formes que la prise de fusils, certaines expressions insurrectionnelles et de multiples initiatives émergentes devraient être examinées avec plus d’attention pour tempérer cette opinion d’inadéquation et déceler une certaine familiarité dans des initiatives de résistance ou d’indignation. Nous abondons dans ce qu’écrit en 1999 Claude Willard, Président de l’association des Amis de la Commune de Paris : « L’œuvre de la Commune demeure d’une extraordinaire actualité parce que, viscéralement démocratique, elle a su, dans les termes de son époque, poser et essayer de résoudre des problèmes qui nous tenaillent toujours ». De plus, dans des pays proches, l’actualité récente peut nourrir une analyse politique qui constate de fortes similitudes avec le contexte d’émergence de l’insurrection populaire de la Commune.