La France démantelée

par  G.-H. BRISSÉ
Mise en ligne : 29 février 2008

Ne nous y trompons pas. Le plus profond de la “rupture”, c’est le grand démantèlement de notre pays, tel que nous l’avons connu depuis une soixantaine d’années, pour le mettre au modèle des États-Unis d’Amérique !

L’État fédéral européen sera uni dans ses composantes par un traité dit “simplifié”, mais conforme au texte proposé comme une “Constitution”. Et comme les Français, consultés par référendum, l’avaient rejeté, ce texte sera ratifié par la voie parlementaire. Et l’on fera savoir que l’on est en harmonie avec une majorité d’États européens, tous déclarés “démocratiques” !

Nos eurocrates s’apprêtent ainsi à bâtir un édifice étroitement soudé au grand frère qu’ils admirent tant, les États-Unis d’Amérique. En dépit de l’objurgation répétée de la France et de certaines puissances européennes, l’Europe va devoir, non seulement ressembler, par ses institutions, sa société et ses moeurs, à ce prétendu modèle de la démocratie et du nouvel ordre mondial, mais aussi, par son intégration prolongée dans l’OTAN, restée soumise à cette hyperpuissance qui continuera à régner en maître et à tout commander.

Nous avons eu un précédent : la démarche d’un ancien Premier ministre de la France, Guy Mollet, qui voulait l’intégration de son pays dans l’ancien Commonwealth britannique. Mais cette fois-ci le modèle vient de l’autre côté de l’atlantique.

Bien sûr, je suis favorable à une alliance atlantique, pourvue qu’elle soit librement consentie par des partenaires égaux. Mais pas à une organisation de type militaire comme celle qui avait été élaborée au temps de la guerre froide pour permettre à l’Amérique de MM. Mac Carty et consorts de lutter contre le Communisme avec un grand C, présenté comme l’hydre satanique. D’ailleurs cette alliance aurait dû disparaître dans le Hadès dès lors que tombait le mur de Berlin et que s’évanouissait le Pacte de Varsovie.

Il y a pire : sous le prétexte d’ériger un nouveau mur contre l’islamisme (qui a pris chez certain le relais du communisme) les faucons de Washington aménagent une muraille de missiles, implantés en Pologne et en Tchéquie, censés nous protéger contre les prétentions nucléaires de l’Iran. Celles-ci sont affichées avec constance, mais démenties, comme on l’avait fait pour les armes de destruction massive en Irak… On ne sait jamais ce que nous réserve l’avenir ! Il paraît que l’ennemi aujourd’hui ce n’est plus l’Iran mais la Syrie, à laquelle Israël donna récemment un premier avertissement en bombardant son territoire, comme il l’avait fait naguère en Irak avec la centrale atomique Osiris.

C’est bien évidemment du pain bénit pour les usines d’armement d’outre Atlantique : il faut bien les faire tourner.

Le chemin du paradis

Ne nous faisons pas d’illusions : la paix mondiale n’est pas pour demain ! Nous allons vraisemblablement assister à une montée des tensions qui ne manqueront pas d’opposer les thuriféraires de la guerre à tout prix avec le monde islamique, présenté sous le faciès démoniaque du type Al Quaïda. On ne peut, hélas, pas faire grand’chose contre des individus masqués, qui n’ont rien à perdre, et à qui on a fait croire que le suicide était le chemin le plus direct pour accéder au paradis ! Les caméras les plus sophistiquées ou les drones hypermobiles armés de missiles sont quasi inopérants contre des combattants porteurs de bombes ou de bactéries, de virus mortels, de produits chimiques, d’engins nucléaires miniaturisés, et qui sont volontaires pour se faire sauter avec.

Je redoute un conflit majeur à l’échéance de 2012… C’est le temps qu’il faut à une équipe surréaliste pour mettre bas notre pays, pour l’assujettir à un consortium très pusillanime des trente États membres, trop nombreux, et animés de mobiles purement mercantiles et financiers. La Ligue hanséatique n’eut pas rêvé mieux !

Il faut en outre apprécier à leur juste mesure la montée de puissances telles que l’Inde, la Chine, la Russie, le Brésil, pour laisser, comme banc d’essai à leurs ambitions, le Moyen Orient, l’Afrique et dans une certaine mesure, l’Amérique latine.

À force d’être partout, d’afficher la volonté de se battre sur tous les fronts, et finalement de n’être nulle part, de pratiquer sous un label ultralibéral l’apparence du regroupement national, mais en réalité avoir l’objectif le plus réactionnaire et anti-social qui soit, on finit par aller dans le mur.

Cette pratique surréaliste ne durera qu’un temps. J’ai peur qu’à l’échéance du quinquennat, il soit bien tard pour redresser la barre. Tard pour offrir à ce pays l’opportunité de réaliser de vraies réformes, pour le peuple et non pas en faveur d’une minorité.

Pour couronner le tout, comme si une Europe qui confine à l’utopie n’y suffisait pas, on s’invente une Union méditerranéenne fort problématique à l’heure actuelle. Il s’agit certes d’un projet séduisant, qui permettrait de résoudre élégamment, entre autres, le problème de l’intégration de la Turquie par le biais d’accords privilégiés. Mais pour atteindre cet objectif il faudra surmonter plusieurs obstacles. En premier lieu, trouver une solution à l’insécurité qui agite plusieurs pays proches de la Méditerranée : l’Algérie, et aussi le Liban et la Palestine. Ensuite, cette Union méditerranéenne ne peut, à mon avis, se construire qu’en liaison étroite avec l’Union européenne considérée comme un tout. Certes elle peut se présenter comme un beau sujet de conversation lorsque la France accédera pour six mois à la présidence de l’Europe, mais la France ne peut espérer suffire à tout. L’Allemagne qui a réussi à surmonter des difficultés, aspirera à jouer un rôle de plus en plus important, sinon prépondérant. Enfin, pour constituer un ensemble crédible et cohérent, l’Union européenne devra se doter d’une charpente et se muer en authentique Europe confédérale de ses peuples. Mais ceci paraît un objectif bien lointain.


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.