La percée

par  M. DUBOIS
Publication : mai 1978
Mise en ligne : 2 septembre 2008

LES Français ont la réputation d’être
individualistes, et il y a certainement là un fond de vérité.
Pourtant, il n’est pas très difficile d’unir un groupe quelconque
 : il suffit simplement de l’opposer à un autre. Pour critiquer,
pour mépriser, pour haïr, l’union naît spontanément
et, le plus souvent, disparaît avec l’objectif. Ce phénomène
est observable dans les plus petits villages où les clans sociaux,
ou religieux, ou professionnels, s’entre-déchirent allègrement
sauf s’il s’agit de contrer !e village voisin. Et ainsi de suite à
chaque niveau de toutes les liaisons horizontales ou verticales, lesquelles,
comme chacun sait, convergent sur l’Etat. Rien d’étonnant donc
à ce que ce dernier fasse l’unanimité contre lui, quitte
à proclamer et réussir de temps à autre l’Union
sacrée contre le dernier ennemi héréditaire de
service.
Le même empressement, hélas, ne se rencontre que rarement
lorsqu’il s’agit de s’unir non plus CONTRE quelque chose ou quelqu’un,
mais POUR une action constructive. On part à la guerre avec la
fleur au fusil, mais on retrousse ses manches en renâclant et
surtout en lorgnant l’attitude du voisin. Les programmes de reconstruction
n’enflamment jamais les foules, et si d’innombrables films ou récits
font revivre les épopées guerrières, combien rares
sont ceux qui retracent des actes positifs !

LE VOTE « CONTRE »

S’IL est un domaine où le comportement cidessus
est particulièrement évident, c’est bien celui des campagnes
électorales. On a dit et écrit que la France était
coupée en quatre. Faut-il en conclure que chacun des quarts exerce
son choix selon la consistance du programme concret présenté
par les candidats ? Oh certes, tous font des promesses : les unes pour
le court terme en se gardant bien de préciser comment, dans le
cadre de l’économie de marché, elles pourront être
financées ; les autres pour un avenir plus lointain en se gardant
bien de préciser quels seront les faits nouveaux susceptibles
de rendre alors possible ce qui ne l’a pas été jusqu’à
maintenant. Alors on peut être à peu près certain
que, dans leur très grande majorité, les électeurs
votent CONTRE. Contre les tenants actuels du pouvoir par lassitude ou
rancoeur, ou contre l’épouvantail du collectivisme politique
volontairement présenté comme la seule alternative de
progrès économique et social.
Rien d’étonnant, sous cet angle, à ce que depuis prés
d’un demi siècle les adeptes de J. DUBOIN aient l’impression
de prêcher dans le désert. Ne voua-t-il pas en effet des
farfelus qui ne sont contre personne et accueillent les bonnes volontés
venues de tous les horizons politiques pour une oeuvre constructive
de longue haleine nécessitant une très large union ! Face
aux destructeurs épris de chambardements purs, n’osent-ils pas
brandir la possibilité d’améliorer le sort de tous sans
léser quiconque grâce au plein emploi des capacités
de production enfin libérées du carcan financier !

S’UNIR POUR L’ECONOMIE DES BESOINS

CETTE constatation est tellement vraie que notre analyse
critique du système économique actuel, indispensable pour
comprendre les assises de notre synthèse, est généralement
beaucoup mieux admise que cette dernière par notre entourage.
Tant que nous faisons le procès du PROFIT, et proclamons la nécessité
de détruire l’économie de marché, les contradicteurs
sont rares (et pour cause, puisque nous nous appuyons essentiellement
sur des faits absolument indéniables, même par les plus
enragés). Tout commence à se gâter dès que
nous abordons la construction de l’Economie des Besoins, conséquence
pourtant quasi-mathématique de l’analyse précédente.
Pourtant, il ne faudrait surtout pas perdre tout espoir de réussir
un jour notre percée dans l’opinion publique, bien au contraire.
Observons par exemple l’audience grandissante prise ces dernières
années par les mouvements se réclamant de l’Ecologie.
A l’origine de leur succès une constatation analogue à
la nôtre : celle d’une faillite de notre civilisation, incapable
de sauver l’essentiel et même d’assurer la survie de l’espèce.
Et puis ensuite, de-ci, de-là, des actions concrètes pour
régénérer telle rivière, ou sauvegarder
telle grande forêt, ou infléchir l’urbanisation sauvage,
etc... Il est hors de doute qu’un très grand nombre de responsables
des mouvements écologistes connaissent nos thèses et sont
conscients de leur efficacité pour gagner la course de vitesse
engagée en matière de protection de la Nature. Leur percée
peut donc servir à la fois de modèle et de moteur à
la nôtre si nous savons, comme ils l’ont fait, ne jamais manquer
une occasion de communiquer notre foi.