Le “trou”

par  J. LE RIGOLLEUR
Publication : novembre 2003
Mise en ligne : 11 novembre 2006

Le trou de la Sécurité sociale est énorme parait-il, mais ceux qui s’en offusquent n’ont certainement pas les mêmes préoccupations que ceux qui, soi-disant, le creuseraient.

En 1945, le pays sortait de la guerre. Il en sortait ruiné. Et pourtant, la sécurité sociale a été créée. Le patronat n’a pas pu s’y opposer ouvertement, car il était trop marqué par la collaboration.

Dans les actes fondateurs de la Sécurité sociale, il était établi que tout citoyen avait le droit d’être soigné et d’avoir une retraite. Et soixante ans plus tard, le pays étant beaucoup plus riche, on nous oppose le fameux trou ! Que faut-il en déduire ? — Que la financiarisation de la société, avec son maitre-mot la rentabilité, gangrène tout.

Or la Sécurité sociale est l’affaire de tous et non pas des seuls financiers. Notre société est régie par un système économique, le capitalisme, dont la doctrine économique est issue d’une éthique religieuse qui est vieille de plus de 500 ans. Ses adeptes de l’époque, les calvinistes et autres, considéraient que la terre avait été attribuée aux hommes par Dieu pour qu’ils la mettent en valeur. Ils considéraient ainsi que l’accumulation de richesses était la meilleure façon de remercier le remercier pour ce don. Mais il n’était pas question d’alléger en quoi que ce soit la condition humaine. S’enrichir toujours plus, en érigeant le travail en vertu, était la politique de base.

Aujourd’hui, après bien des péripéties, on revient à un capitalisme des plus durs, où ce qui compte c’est l’argent, non comme moyen, mais comme finalité.

Quand est-ce que les exploités, chômeurs, exclus, cesseront de courber l’échine ? Tous ces droits bafoués et ces conquêtes sociales annulées rappellent ce qu’écrivait Tocqueville en 1843 (c’est loin mais toujours actuel) :

« on dirait que le peuple tombe de plus en plus dans l’indifférence, que les droits qui lui ont coûté le plus cher, ont cessé de lui paraître précieux, qu’il voit sans inquiétude violer ou éluder les lois qu’il a eu le plus de peine à conquérir et qu’il laisse sortir de sa mémoire tout ce qu’ont fait ses pères, et que le peuple se montre disposé à souffrir ce qu’il n’eut jamais supporté auparavant… ».

Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.