Les Affranchis de l’an 2000 · Présentation

publié en 1984
par  M.-L. DUBOIN
Mise en ligne : 24 août 2005

Et,
si pour sortir de la crise, il fallait être capable d’innover
au point de remettre en cause toutes nos habitudes économiques ?

Si la survie de notre planète
nous imposait une gestion commune mettant le profit au ban de la société
 ?

S’il fallait aller jusqu’à
changer la nature de nos monnaies en même temps que nos systèmes
de financement ?

S’il fallait même
abandonner le salariat ?

C’est à cet effort
d’imagination que l’auteur s’est attaqué, considérant
que les illusions, les mirages sont aujourd’hui du côté
de ceux qui n’osent pas voir la mutation qui s’impose.

A qui ferait peur la société
conviviale dont les contours économiques et sociaux sont esquissés
dans cet essai écrit à la façon d’un roman ?

Extraits d’actualité du livre de Marie-Louise DUBOIN (*)

(...)

Puis je posai enfin à Serge
une question qui me préoccupait :

- Mais, lui dis-je, cette économie
distributive ne s’est pas faite du jour au lendemain ?

- Bien sûr que non, me répondit-il.
L’idée en avait été lancée depuis plusieurs
dizaines d’années par un économiste, ou un sociologue,
dont le nom m’échappe. Avec un courage et une patience exceptionnels,
il a consacré cinquante ans de sa vie à expliquer à
ses contemporains qu’ils devraient adapter leur système économique
aux moyens issus des transformations techniques. Il a pour cela fait
d’innombrables conférences, écrit vingt livres, lancé
un journal périodique. Malgré la clarté de son
style et la solidité de ses arguments, il se heurtait à
l’incapacité de ses contemporains d’imaginer autre chose que
l’économie de marché. Simplement parce qu’eux-mêmes,
leurs parents et leurs aïeuls, n’avaient jamais connu autre chose !
Du temps de Pascal, vous savez qu’on disait "la nature a horreur
du vide". Eh bien, à l’époque, on disait de la
même façon : "la mentalité humaine ne peut
pas se passer du profit"... et on l’a traité d’utopiste.
Après sa mort, la relève a été assurée.
Son journal a poursuivi ses efforts. L’idée demeurait d’autant
plus ferme que les faits lui donnaient raison. Ni le chômage,
ni l’inflation ne pouvaient céder là où se perpétuait
l’économie de marché.

(...)

"L’expérience qui s’était
proclamée socialiste semblait donc proche de sa fin en France
quand survint un drame qui ouvrit les yeux des occidentaux sur l’issue
vers laquelle leur idéologie menait le monde. Le surarmement
insensé auquel avait conduit la compétition mondiale,
était tel que tous les pays disposaient de moyens de destruction
gigantesques. En particulier, et pour faire "tourner notre économie"
nous avions vendu aux peuples, qu’on disait du Tiers-Monde, des armes
prodigieusement puissantes. Ils ont appris à s’en servir. Dans
tous les pays, des troupes avaient été formées.
Des aviateurs aussi. Bref, tout était prêt, grâce
à nos petits commerces et à nos gros marchés,
pour le scénario final.

"Alors survint ce qu’on a
appelé la Guerre Terrible. Dans un de ces pays, un commando
de jeunes aviateurs s’est formé. Tous des jeunes, qu’on avait
arrachés à leurs habitudes millénaires et qui
avaient fort mal supporté ce changement. Un beau jour, ils
ont décidé une descente en kamikaze. Ils ont décollé
avec leurs jets pour l’exercice quotidien et brusquement, ils ont
viré de cap. A l’aveuglette, ils ont foncé comme des
fous vers le Nord et se sont écrasés, par hasard, au
coeur de notre belle Provence. Nous y avions enterré des missiles
à tête nucléaire. Oh, sans danger, nous avait-on
dit, car tous les dispositifs de mise à feu étaient
hors d’état de fonctionner seuls... Mais deux de ces jets sont
tombés sur nos ogives. L’explosion a été formidable.
Les éclats ont fait sauter des têtes nucléaires,
à moins que ce soit l’onde de choc transmise par le sol. Toujours
est-il que la catastrophe a endeuillé la région de milliers
de morts, sur le coup et dans les années qui ont suivi.

(...)

Je restai ahuri. Comment la tension
Nord-Sud, à laquelle nous nous étions presque habitués,
nous les gens du Nord, a-t-elle pu détruire un pays où
il faisait si bon vivre à l’abri du malheur des autres ?...

(...)

C’est le prix qu’il a fallu payer
pour que le monde comprenne la leçon. On sut voir, au dernier
moment, qu’il était devenu vital de remettre en question l’idéologie
qui avait si largement imposé sa loi du profit à tout
prix, de repenser nos habitudes économiques et par conséquent
nos relations avec le reste du monde.

- C’est la peur de la révolte
du Tiers-Monde qui amena l’économie distributive ?

- C’est la conjonction de l’échec
de toutes les politiques économiques face à la crise
et du danger qu’elles faisaient courir à la planète
en armant un Tiers-Monde dont la misère n’était plus
tolérable.

(...)


*
Première édition 1984, Syros (Collection Histoire et théorie),
Paris.

Deuxième édition
1996, Voici la Clef, Waterloo, Canada

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